<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><rss xmlns:atom='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' version='2.0'><channel><atom:id>tag:blogger.com,1999:blog-5728190355191153159</atom:id><lastBuildDate>Fri, 08 Jan 2010 04:31:18 +0000</lastBuildDate><title>Ecriture d'Arthur HIDDEN</title><description>Pensées interstitielles à commander à arthur.hidden@gmail.com</description><link>http://arthur-hidden.blogspot.com/</link><managingEditor>noreply@blogger.com (Arthur H.)</managingEditor><generator>Blogger</generator><openSearch:totalResults>111</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>25</openSearch:itemsPerPage><item><guid isPermaLink='false'>tag:blogger.com,1999:blog-5728190355191153159.post-2434845167999173908</guid><pubDate>Sun, 07 Jun 2009 08:19:00 +0000</pubDate><atom:updated>2009-06-07T04:20:18.306-04:00</atom:updated><title>Séville</title><description>-Madame, le français ça me gave.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je ne pensais pas en disant ça que j’allais déclencher la troisième guerre mondiale. Madame Alison m’a regardé avec des yeux bizarres. Comme si elle allait tomber dans les pommes. Ou comme si elle avait vu le diable. Oui, c’est ça, le diable. Comme dans les films à la télé où on fait des signes de croix dès qu’on entend ce nom. Je vanne mais pas sûr. On dirait qu’elle a fait un signe de croix. Dans cette école de curés où m’ont collé mes parents c’est bien possible. Et puis elle m’a fait :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-Si  votre père entendait ça, qu’est-ce qu’il en dirait ? Et votre maman ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; J’ai pas eu le réflexe de lui dire qu ‘elle n’avait qu’à pas leur en parler. En fait j’ai dit que le français ça me gave pour être sympa avec elle. Pour pas dire que c’est une affaire personnelle entre elle et moi. Et qu’en plus elle est nulle. C’est vrai quoi, c’est pas parce que mon père a été son prof à la Sorbonne et qu’il écrit des bouquins chiants de littérature comparée qu’elle doit me gonfler à tout moment avec ça. J’aime lire. Des auteurs de science fiction comme Pierre Bordage ou les américains déjantés du Diable Vauvert. Point final. Pas les ennuyeux du programme qui sont morts depuis des siècles.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  Normalement les darons ils n’auraient jamais dû en entendre parler. Ou bien ils auraient me passer une soufflante une bonne fois. Au lieu de ça ils ont pris la chose au tragique. Ils se sont fait un cinéma ! Soi-disant j’aurais mal vécu le fait qu’ils m’aient confié à grand-mère pendant les quatre mois du semester de visiting professor de papa à Stanford. S’ils savaient comme grand-mère est cool. Irène pouvait venir dans ma chambre. Franchement ça m’a reposé de leurs prises de tête. Maman s’est crue obligée de me dire qu’elle savait que j’étais aussi doué que mon père. Peut-être même plus pour certaines choses. Ça m’a gêné qu’elle me dise ça et je n’ai pas pu m’empêcher de ricaner. Heureusement elle n’a pas fait attention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et du coup, pour compenser comme ils disent, ils m’ont embarqué à Séville pour le week-end de Pentecôte alors que le plan initial c’était que je reste peinard à Paris chez grand-mère à réviser mon brevet. Tu parles, le brevet. J’aurais surtout pu voir Irène et les potes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Tu te rends compte ? A Séville ! Tous les trois !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ils me prennent pour un débile ou quoi ? J’ai tout de suite vu le piège du week-end merdique. Séville c’est l’horreur, je vous raconte pas. Et épuisant avec ça. Le seul truc que j’ai trouvé de marrant à faire avec les darons c’est d’essayer de deviner en douce quel genre de culottes portent les femmes sous leurs jupes ou leurs pantalons. Mais même ça j’en ai eu vite marre. J’ai pas flairé des masses de strings chez les espagnoles. Maintenant je suis là avec eux à me faire chier à la terrasse d’un café en attendant les churros du petit déjeuner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Tiens cette femme qui marche dans la rue. Pas mal. Putain le balancement de son collier passe et repasse sur son sein droit. C’est pas possible ! J’hallucine ! C’est comme si le collier n’arrêtait pas de lui caresser le téton. En pleine rue. Au secours ! Je vais devenir fou ! Ouf, elle est passée. Dommage. Je peux pas me retourner pour la suivre des yeux ; Maman est juste en face de moi. Il vaut mieux changer d’air. Et ce type assis de l’autre côté de la rue avec une fille dont je ne vois que le dos ? Il me ressemble un peu. Non ? Il est très grand. Bien plus  que moi. Il doit avoir dans les vingt-cinq balais. Je vais bien finir par faire ma poussée. Papa et maman sont plutôt grands. A quatorze ans se faire appeler bouboule c’est gavant. Il a l’air vachement sympa, à l’aise dans ses baskets. C’est sûr que sa meuf, elle doit être canon. De dos elle paraît super bien roulée. Le salaud. Il ne doit pas se gêner pour lui demander de porter des strings. Rien que d’y penser ! D’ici j’entends pas ce qu’ils se disent mais la nana a l’air super intéressée. Il rigole et je sens qu’elle aussi. Ils doivent être français. Ils ont l’air de bien s’amuser. C’est sûr qu’avec une nana comme ça t’as de quoi voir la vie en rose. Il prend la vie du bon côté, c’est sûr. J’aimerais être comme lui plus tard. Il doit avoir une bonne gâche. Pas prof de fac en tout cas. Gagner pas mal de pognon. Il se lève pour aller commander des churros. Je vais pouvoir le voir de plus près. Ouhahou !!! Ses godasses ! Trop classe ! C’est sûr qu’il a de la tune. Suffisamment pour partir en week-end avec sa gonzesse quand il veut. C’est vrai que Séville ça doit être super sympa avec toutes ses petites rues étroites, ses maisons colorées. Pas trop de soucis. Pas d’enfant. Je sais, parfois je suis chiant. Dans la cathédrale il doit lui montrer des détails du grand retable. Vachement intéressant. Et l’Alcazar avec ses cours, ses fontaines et ses jardins. Pas possible les pelles qu’il lui roule en profitant des escaliers obscures de la Giralda. Devant tant de merveilles ils se serrent plus fort la main. Elle lui glisse à l’oreille qu’elle a hâte qu’ils rentrent dans leur chambre pour faire la sieste. Ils ont une super chambre mignonne dans un petit hôtel dans le quartier historique. Comment il s’appelle déjà ? Santa Cruz. Pas cette horrible chambre triple dans l’hôtel Santa Lucia qui est à dache. Beurk ! Je me demande comment ils ont pu dégoter quelque chose de si vieillot. Eux au moins, c’est pas le genre à se pourrir la vie pour cent ou deux cents euros de plus. C’est comme à Paris ils doivent pas habiter derrière Montmartre mais près du Bois de Boulogne. Le week-end il joue au tennis à Roland Garros. La semaine il voyage. Pas pour donner des cours minables à de futures madame Alison. Pour faire des choses fun. Pour faire des affaires. Pour construire des trucs. Je le verrais bien architecte. Dans le monde entier. Avec son casque sur les chantiers. Habillé de clair il montre du doigt à tout le monde ce qu’il faut faire. Le soir il plonge dans la piscine à l’eau de mer de l’hôtel. Genre James Bond. Un serviteur lui apporte sur un coussin un téléphone pendant qu’il se repose au soleil. C’est sa nana. Elle a hâte qu’il revienne. Elle lui promet des gâteries. Putain, trop fort ! Il rit et ses dents son très blanches et brillantes. C’est décidé je prends émail diamant et tant pis pour maman qui dit que ça raye les dents. La meuf lui raconte ce qu’elle fait. C’est vrai qu’elle doit être canon. Une bonne situation aussi. Pas infirmière qui a arrêté pour élever son gosse et accompagner son mari comme maman. Plutôt dans la pub ou quelque chose comme ça. J’aimerais trop qu’elle se lève et qu’elle vienne vers nous pour pouvoir la mater. Trop bonne ! Je suis sûr qu’elle a les yeux verts. Et ce sourire ! Ces loloches ! Je vais mourir. Elle me regarderait. En fait c’est lui qui serait français et elle américaine. Elle dirait à mes parents que son compagnon ne se sentait pas très bien. Qu’il devait immédiatement retourner en France. Qu’elle avait besoin d’un guide pour l’accompagner dans la visite de Séville. Que ça me permettrait de faire d’énormes progrès en anglais. C’est sûr qu’avec toutes les visites que je me suis fadées avec mes parents je pourrais faire un super guide. Mes parents seraient d’accord. Ça tombait bien. Ils en avaient un peu marre de Séville et ils avaient envie de passer leur dernière journée à se reposer à l’hôtel. Ils se proposeraient pour raccompagner son compagnon jusqu’à l’aéroport. La meuf me prendrait la main pour qu’on ne risque pas de se perdre dans la foule. Son mec a vraiment l’air d’un con. Je lui ai tout de suite plu. Elle est définitivement lasse des bellâtres.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Je ne sais pas ce que tu as en ce moment à toujours faire la gueule. Mange donc tes churros, ils vont être froids.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La plaie ! Le temps que je mette le nez dans mon assiette, ils sont partis sans que je m’en rende compte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Vite les parents, on y va. Il ne reste qu’une journée pour bien profiter de Séville !&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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Depuis l’âge de quatorze ans qu’il avait fait toutes sortes de métiers dans toutes sortes d’endroits, autour de la Méditerranée, il n’avait guère eu l’occasion de se pencher sur ses sentiments ; et ce n’était pas à l’orphelinat des Frères, où il avait passé les premières années de sa vie, qu’il avait pu apprendre à se connaître. Il était arrivé à la soixantaine tout cabossé du corps et de l’âme, trop fatigué pour continuer à travailler. Par chance il avait été pendant plus de quinze ans marin sur différents navires génois et il pouvait toucher une maigre pension. Il avait décidé de s’éloigner de la mer et il s’était loué une chambre de bonne au dernier étage d’un ancien palais près du centre historique de Florence. Florence était peut-être la ville où il était né, car c’est là qu’on l’avait trouvé, bébé abandonné âgé de quelques semaines. C’était en tout cas la ville où il voulait mourir. En attendant cette inéluctable échéance il menait une vie grise et terne dans cette ville aux couleurs vives chargée d’histoire. Il menait, ou plus exactement, il avait mené car depuis un peu plus d’un an son existence avait changé. Et décidément oui, c’était cette peur-là qui l’avait réveillé si tôt ce matin-là : pour la première fois de sa vie il avait quelque chose à perdre. Je veux dire quelque chose de vraiment important. Pas seulement un mouchoir ou un porte-monnaie. &lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Pour la première fois depuis un peu plus d’un an qu’ils se connaissaient, et depuis neuf mois qu’ils faisaient l’amour, Sandra l’avait invité à rester chez elle, à passer non seulement la nuit avec elle mais toute la journée du samedi et du dimanche. Et elle l’avait fait parce que ce dimanche serait celui de la fête des mères et que le fils de Sandra viendrait dès le samedi midi de Rome avec sa femme pour la fêter. Sandra voulait que son fils apprenne ainsi qu’après son veuvage elle avait un nouvel homme dans sa vie. C’est ainsi que Ricardo avait pu mettre des mots sur ce qui se passait entre Sandra et lui : il était l’homme de la vie de Sandra. Et c’est pourquoi l’angoisse l’avait réveillé, ce premier matin dans la chambre de Sandra.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Sandra ! Elle n’était pas beaucoup plus jeune que lui, la bonne cinquantaine, mais elle semblait appartenir à une autre planète. Elle était si belle, si bien habillée ! Elle était si intelligente et si instruite. Elle était professeur d’italien dans un collège religieux de garçons. Elle vivait dans un grand appartement au premier étage d’un bel immeuble qui donnait sur une place interdite à la circulation. Son mari avait été banquier, elle appartenait à un milieu qui pour Ricardo n’était pas même mystérieux, plutôt complètement insoupçonné. Ils s’étaient rencontrés sur le marché où il allait aller acheter la tomate d’une espèce particulière, une cœur de bœuf, qu’il mangeait pour son petit déjeuner sur un croûton de pain qu’il salait et arrosait d’huile d’olive quand c’était la saison. C’était une habitude qu’il avait prise depuis qu’il avait été serveur tout un été dans un hôtel du sud de la Crète. Sandra attendait derrière lui d’être servie et elle lui avait demandé ce qui caractérisait cette variété de tomates. Il avait été très embarrassé pour lui répondre. Mais de semaines en semaines ils s’étaient rencontrés sur le marché à la même heure, celle où Sandra avait fini ses cours. Il avait appris qu’elle avait essayé la cœur de bœuf mais que, décidément, elle n’aimait que les tomates cuites. Et puis un jour, sans savoir pourquoi ni comment, ils s’étaient retrouvé à déjeuner l’un en face de l’autre dans une trattoria au coin du marché. Ricardo se souvenait qu’ils avaient commandé tous les deux des tripes. Et c’était devenu un rite entre eux sans qu’ils n’aient rien eu à se dire. Quelques temps plus tard elle montait à pied derrière lui les cinq étages qui menaient à sa mansarde.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Ricardo était si peu habitué à être heureux que lorsqu’il pensait à Sandra ce n’était ni de la joie ni du désir qu’il éprouvait mais une sorte de souffrance douce qu’il ne connaissait pas et qui lui était infiniment précieuse. Comme si les canaux dans lesquels circule habituellement le bonheur étaient chez lui si obstrués qu’ils en devenaient douloureux. Une seule fois il avait osé s’imaginer que cette femme, avec qui il faisait régulièrement l’amour et passait de grands moments paisibles à l’écouter parler de sa vie, pouvait avoir un certain attachement pour lui. Il avait immédiatement chassé cette idée à peine exprimée. Au fond de lui il avait peur par sa folie de tout gâcher. A partir de ce moment il essaya, en vain, de ne plus penser sans cesse à Sandra. Comment allait-il pouvoir faire le jour où le rêve dans lequel il vivait serait dissipé ?&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Ricardo profita de la lumière qui entrait par les fentes des volets pour regarder Sandra. Elle était tournée de l’autre côté et le rythme de sa respiration était paisible. Il voyait ses fins cheveux gris qui bouclaient sur sa nuque. Il avait envie d’y poser ses lèvres. Mais il ne fallait pas. Il se sentait oppressé. Sandra si près de lui, si loin. S’il avait su il aurait pleuré. Comme il ne savait pas il sentit qu’il devait mourir. Pas mourir d’un coup, pas mourir brutalement, non, mourir en s’effaçant. Le fils de Sandra qu’il devait rencontrer aujourd’hui était un homme instruit, un avocat. Ce n’était pas possible. Pas lui, Ricardo ! Pas lui et Sandra ! Ce nom ramenait tout son sang à son cœur. Les extrémités de ses doigts lui faisaient mal. Un grand blanc envahissait son esprit. Il ne partirait pas comme ça, comme un voleur. Il lui dirait tout à l’heure. Les mots, c’était toujours un problème pour lui mais il trouverait les mots. Ou Sandra comprendrait. Elle comprenait tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ricardo se sentit mieux, plein d’une triste résolution. Il s’arracha, en fermant les yeux et en serrant les dents, au lit dans lequel il avait dormi pour la première fois. Il valait mieux attendre Sandra à la cuisine. Il serait plus à l’aise dans cette pièce qu’au salon empli de bibelots pour lui indéchiffrables. Même si les luxueuses casseroles de cuivre qui pendaient l’étonnaient, il en comprenait du moins l’usage.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;En ouvrant le réfrigérateur pour chercher une tomate pour son petit-déjeuner Ricardo vit, à l’écart des tomates à cuire placées en vrac dans le compartiment à légumes en bas du réfrigérateur, mais au contraire trônant solitaire sur le plus haut rayon, posée sur une assiette blanche et dorée, une unique et magnifique cœur de bœuf. Il prit l’assiette comme les prêtres de son enfance prenaient le Saint Sacrement. Il fut surpris de voir que sa matière laissait passer un peu de lumière et réfléchissait la couleur rouge de la tomate. Peut-être bien qu’il n’avait jamais rien vu d’aussi beau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et c’est Sandra qui, le trouvant attablé, sanglotant devant l’assiette à la tomate, posa ses lèvres sur sa nuque épaisse aux cheveux blancs rasés de près.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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Il avait glissé son nez effilé entre mes pages, vierges encore de tout regard, pour s'emplir du grain et de l'odeur grisante de mon intimité. Là aussi j'ai compris qu'il ne pensait pas qu'à moi et ça m'a ému pour cette jeune fille que je ne connaissais pas encore et à qui j'étais destiné. Nous les livres on est comme ça. Discrets, fidèles, secourables, on partage la vie des hommes nos propriétaires sans éprouver à leur égard la moindre jalousie. Et nous, les livres de cuisine, à l'époque, je parle d'avant la première guerre mondiale, on savait qu'on allait inspirer de très jeunes femmes. On ne se posait pas la question du reste. Maintenant c'est différent parce que nos jeunes confrères sont pour les hommes aussi. Ce n'est pas plus mal du reste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Au sortir de mon emballage de papier de soie elle m'a regardé sous toutes les coutures. Elle m'a ouvert délicatement pour ne pas me faire de mal en riant de ses belles dents brillantes. Elle a lu le titre de la première recette sur laquelle elle est tombée. Je m'en souviens après près d'un siècle. C'était le veau Marengo. Il l'a alors embrassée furtivement sur la joue, au coin de la lèvre. Ils ont tous les deux rougi, n'en revenant pas de leur audace. Heureusement que madame Vertaud, sa mère à elle, ne regardait pas de ce côté, ou alors elle a fait semblant de ne rien voir. En tout cas c'est avec elle que sa fille a commencé à m'utiliser. J'avoue que j'ai aimé ces moments où ensemble dans la grande cuisine elles lisaient mes recettes. C'était une occasion idéale pour la mère de parler à sa fille non seulement de cuisine mais également des hommes, de leurs étranges appétits, de la manière dont venaient les enfants. Je dois reconnaître que ça m'a ouvert l'esprit, à moi qui était plutôt tourné côté fourneau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Bien sûr après leur mariage ils m'ont emmené dans leur nouvelle maison. Et là, ça a été du bonheur jusqu'à ce que monsieur soit tué à la guerre. Il a été tué au tout début. Madame a souvent dit par la suite qu'au moins il n'avait pas connu l'horreur des tranchées. Je l'ai entendu le dire alors que j'étais déjà depuis quelques temps oisif, rangé dans les petits rayonnages à droite de la cheminée. Je comprenais bien que les plats savoureux mitonnés avec amour pour monsieur, les dîners avec les relations de monsieur, c'était bien fini. Et je voyais madame, la délicieuse madame, enfermée dans sa solitude et son chagrin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je vous l'ai dit tout à l'heure, nous les livres on n'est pas jaloux. On n'est pas jaloux mais on est parfois amoureux. J'espère que vous n'allez pas vous moquer de moi si je vous dis que de madame j'étais terriblement amoureux et de la voir perdre insensiblement son parfum de fleur ça me serrait le coeur. Surtout quand je la voyais se réanimer les jours où ses neveux venaient pour le goûter. Alors je reprenais du service au chapitre des pâtisseries et c'était une joyeuse animation dans la cuisine. Parfois même ils préparaient le gâteau avec madame. Quelle misère la guerre!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et puis les neveux ont grandi. On ne les a plus vus, en tout cas à la cuisine. Madame s'est éteinte, doucement, comme elle avait vécu. L'amour de ma vie! Et moi j'ai été transféré en héritage à un de ses neveux. Un notaire. J'ai peine à croire qu'il ait pu être à un moment de sa vie un enfant aux cheveux ébouriffés déboulant dans la cuisine de madame pour demander un verre d'eau. Ce qui l'a intéressé chez moi c'est le dos de ma reliure. Il l'a fait nettoyer, pensez, toutes ces années dans une cuisine! Et puis il m'a rangé dans la grande bibliothèque vitrée de son étude à côté de la Géographie de Lavisse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Jamais personne n'a fait attention à moi mais j'en ai appris, dans cette étude de notaire, sur l'être humain. Tiens, un jour il faudra que j'écrive mes mémoires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais, mon dieu, ce jeune couple qui s'approche en se tenant par la taille. Comme ils ont l'air sympathique. Mais c'est qu'elle a les yeux verts! Et ce sourire! Si seulement ils pouvaient ...&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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&amp;alt=rss&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5728190355191153159-4203216581338072761?l=arthur-hidden.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</description><link>http://arthur-hidden.blogspot.com/2009/04/feu-dartifices.html</link><author>noreply@blogger.com (Arthur H.)</author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>2</thr:total></item><item><guid isPermaLink='false'>tag:blogger.com,1999:blog-5728190355191153159.post-2460888343092510801</guid><pubDate>Fri, 10 Apr 2009 11:47:00 +0000</pubDate><atom:updated>2009-04-10T09:10:56.866-04:00</atom:updated><title>Au bout du fil</title><description>La route de campagne est agréable en cette fin d’après-midi de printemps. De temps en temps je jette un coup d’œil dans le rétroviseur à Benoît, mon petit bout de six ans qui, sagement, regarde défiler le paysage. Je soupire en songeant à toutes ces heures perdues dans cette ennuyeuse invitation. Je viens de prendre la direction de cette agence bancaire principale d’une ville moyenne de l’est de la France. Mon adjoint qui est là depuis des années, et qui a sensiblement le même âge que moi, a tenu à m’inviter un dimanche midi avec madame et les enfants. Il a fallu lui expliquer que de mon côté il n’y avait plus de madame. Pas la peine de lui dire qu’à la place il y avait un monsieur. De toute façon mon compagnon restait à Paris et on se retrouvait les  week-ends grâce au TGV. Pour mon fils, il tenait absolument qu’il soit là car il avait deux filles presque du même âge que lui.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; En repensant à la visite je m’étonne encore que des gens puissent se comporter comme ça. Les petites filles m’avaient fait la révérence pour m’accueillir. Leur mère qui, au bout de trois phrases m’avait dit qu’elle était fille de colonel, avait mis les petits plats dans les grands. Le repas avait été ennuyeux à mourir. Les enfants n’avaient pas le droit de parler avant le dessert. Heureusement Benoît s’était tenu coi. Sinon j’aurais dû prendre sa défense, ce qui aurait été bien embarrassant pour la suite de mes relations avec mon adjoint. Car celui-ci ne manifestait aucun sens critique sur la discipline surannée qu’imposait sa femme. Visiblement il n’en revenait toujours pas de l’honneur que lui avait fait une fille de colonel de le prendre pour époux. Il buvait littéralement ses histoires de jeunesse, qu’il avait pourtant dû entendre bien des fois. Pour moi qui avait fait mon service militaire comme deuxième classe, et ne connaissais ni le commandant Machin ni le colonel Truc, elles étaient dénuées du moindre intérêt. Comme j’aurais été mieux à me promener dans la forêt avec mon fils Benoît plutôt que de lui imposer ce supplice de l’immobilité et du silence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais au fait qu’en avait-il pensé ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Benoît, comment elles étaient les petites filles ?&lt;br /&gt;- Bien&lt;br /&gt;- Tu ne t’es pas ennuyé ?&lt;br /&gt;- Non, elles m’ont raconté des histoires très drôles.&lt;br /&gt;-  ???&lt;br /&gt;- Tu connais la différence entre un téléphone et un Tampax ?&lt;br /&gt;- Non- Je ne savais pas que le Tampax faisait partie du vocabulaire de Benoît et j’attends la suite avec beaucoup de curiosité.-&lt;br /&gt;- Hé bien pour le téléphone on ne voit pas qui est au bout du fil.&lt;br /&gt;-  ??? – Je reste un instant atterré tellement je trouve cette histoire déplacée. Ce n’est pas parce que je vis désormais avec un homme que je ne considère pas le corps de la femme comme une terre sacrée-&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon fils éclate de rire en regardant dans le rétroviseur si moi aussi je riais. Je souris faiblement pour lui faire plaisir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Au fait papa, c’est quoi un Tampax ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A mon tour j’éclate de rire en pensant qu’après notre départ mon adjoint et son insupportable femme avaient dû se féliciter de l’excellente impression qu’avait certainement laissée sur moi l’excellente éducation de leurs filles. C’est sûr que si d’aventure je percevais la moindre allusion homophobe me concernant de la part de mon adjoint je saurais ressortir cette histoire. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et de préférence en public.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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&amp;alt=rss&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5728190355191153159-2460888343092510801?l=arthur-hidden.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</description><link>http://arthur-hidden.blogspot.com/2009/04/au-bout-du-fil.html</link><author>noreply@blogger.com (Arthur H.)</author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>1</thr:total></item><item><guid isPermaLink='false'>tag:blogger.com,1999:blog-5728190355191153159.post-8013465247776630424</guid><pubDate>Sun, 05 Apr 2009 17:14:00 +0000</pubDate><atom:updated>2009-04-05T13:15:06.266-04:00</atom:updated><title>Impressions de début de week-end</title><description>Que fais-tu, prostré au bout du grand canapé de cuir noir, à la fin de cette semaine harassante ? Tu as fermé les portes de tes sens, tout absorbé par ton tumulte intérieur. Combien de temps pourras-tu résister à l’orage magnétique qui parcourt ton cerveau et tes nerfs ? C’est comme si tes os, tes chairs et ta peau n’étaient plus et que ne subsistait de toi que ce réseau nerveux soumis à un vent de sable qui, inexorablement, l’use. Cette infinie fatigue, cette lente et féroce abrasion, occupe tout l’espace de ton esprit. Pour sortir de ce maelstrom tu aspires à un de ces décrochés de la conscience analogue à la sensation qu’éprouve celui qui, descendant un escalier obscur, se laisse surprendre par la dernière marche dont il n’avait pas soupçonné l’existence. Tu aimerais finir de t’échapper de toi-même, mais tu ne le peux pas. Tu es arrivé, l’âme épuisée, au rebord de cette semaine qui a été pleine de sensations, de pensées et de sentiments comme une grappe de raisin aux grains si pleins et si serrés qu’il est difficile d’en détacher un seul. Tu es au seuil d’un week-end que tu aurais dû voir comme une rivière serpentant agréablement devant toi, brillant sous le soleil. Mais pour toi le temps s’est figé. Tu ne vois plus rien, tu n’entends plus rien, tu ne sens plus rien, hors les aigrettes électriques qui envahissent et saturent ta sensibilité. Tu es prisonnier d’un tunnel obscur et tu ne peux même pas concevoir la possibilité de faire le moindre geste, de penser la moindre parole. Tu ne peux même pas rêver à ce qui serait pour toi un exploit grandiose et bienfaisant, te lever pour aller t’étendre, à deux pas du canapé, sur le chatoyant tapis persan aux tons rouge et bleu sur lequel tu pourrais te dissoudre sans avoir même à faire l’effort de tenir une posture. Même cette idée d’une translation de quelques dizaines de centimètres pour mieux mimer ta mort est hors de portée de ton être secoué par cet orage intérieur. Allons ! Efforce-toi de distraire un peu de tes maigres forces de l’agonie que tu subis. Arrête de courber les yeux de ton esprit et regarde-toi, chétif tas de poussière aspiré par le vent du désert. Regarde toi attendre le moment de délivrance où le tas ne sera plus. Ou plutôt ne sois pas dupe, cesse de te cramponner à ta peur de la mort. Abandonne-toi sans réserve à cet océan de fatigue. Laisse-toi bouler comme une balle d’herbe sèche poussée de-ci de-là par les tourbillons d’une tornade. Ce silence, soudain l’entends–tu ? T’es-tu endormi un court instant ? Tu pourrais t’ébrouer, secouer le sable imaginaire resté dans les plis de ton vêtement. Tu préfères rester immobile encore, t’emplir doucement de la sensation toute neuve d’exister. Tu es un lourd bassin de pierre qu’emplit l’eau nouvelle d’une source qu’on croyait de longtemps tarie. Tu es le dégel de printemps sur la terre noire de Sibérie. Tu es le galop joyeux de l’eau qui envahit les rigoles d’irrigation du vieux Nil au premier jour de son annuelle résurrection. Tu es la fête des hommes rudes et pauvres qui célèbrent leurs noces avec la nature. Tu es toutes ces images volées à de vieux films dont tu as tout oublié de l’histoire. La vie à nouveau palpite au creux de ta poitrine. Tes narines s’arrondissent pour caresser l’air qui nourrit tes poumons. Tu cherches à capter l’exquise fraîcheur de l’air qui se glisse à la pointe de ton nez. Tu la tiens, tu t’en nourris. La pulpe de tes doigts retrouve par des frôlements imperceptibles la sensation chaleureuse du cuir sur lequel tu es assis. Tes yeux sont clos, recueilli que tu es sur ce qui s’élève en toi. Ton corps, ta chair, ta peau se reforment. Tu es nu, délicieusement nu. Nu sous tes vêtements qui n’existent plus, qui ne font plus obstacle à ta soif d’exister. Ton corps est plein, intact. Tu sais que dans peu d’instants tu te sentiras bander, un mouvement venu du plus profond de toi-même, un mouvement sans objet ni projet, une érection née du seul plaisir d’être. Tu es si sûr de cette force qui va te venir que tu n’as aucune hâte que cette profonde motion, cette efflorescence de ta vitalité, n’arrive. Tu n’as aucune hâte d’aucune sorte. Tu songes aux délices du lait à la température parfaite que tu savais faire sourdre en pressant entre ta langue et ton palais la péninsule d’une chair qui ne t’était pas si étrangère. Tu y songes et pourtant tu n’as plus de réels souvenirs. Simplement tes yeux se mouillent à la simple sensation procurée par les légers mouvements de ta langue. Tes yeux toujours clos voient le flanc haletant d’un chien qui reprend souffle, couché sur le côté, les pattes raidies par la fatigue. Ils imaginent aussi la grande enveloppe de toile blanche d’une gigantesque montgolfière en train de se remplir d’air chaud. Ils suivent en imagination l’ascension du ballon. Ils le savent lentement s’élever et rester comme un point fixe dans le ciel. Tu penses à tes rêves si fréquents où tu voles en brassant l’air résistant de tes bras solides. Des rêves si fréquents et si convaincants que tu te demandes parfois si ce n’est pas eux qui disent la réalité. Tu fais ton premier mouvement. Tu penches ta tête en arrière. Tu aimes cette sensation d’étirement, cette impossibilité de déglutir. Tu aimes sentir l’arrière de ton crâne appuyé au mur. Tu te vois à distance. Tu ressens un frisson de plaisir. Tu laisses un filet de salive s’écouler d’un coin ce ta bouche entrouverte. Tu te complais dans cet abandon de l’habituelle maîtrise. Comme si tu étais ivre, ou innocent. Tu retrouves le redoutable Narcisse de tes quinze ans, le jeune fauve aux dents coupantes qui ne savait pas encore aimer. Tu dis adieu à son insouciance et à sa cruauté. Tu reprends pied dans ta vie présente. Tout à l’heure tu auras faim, tu sortiras d’un bond de ta prostration. Tu avanceras à nouveau vers les défis et les conquêtes de ton âge, l’étoile au front, le sourire légèrement ironique aux lèvres.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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Après plusieurs années d’un travail acharné et grâce à la mise à la mise en parallèle des trois plus gros ordinateurs mondiaux : un américain, un russe et un européen, l’équipe du professeur Pafroaôzieu du MIT a réussi à confirmer l’hypothèse de Riemann. Rappelons, sans rentrer dans des détails trop fastidieux, que Riemann lui-même avait écrit à l’académie de Berlin ne pas être en mesure de démontrer sa célèbre hypothèse. Une légende tenace, sensée reposer sur une confidence de Riemann sur son lit de mort, selon laquelle il aurait finalement réussi à démontrer son hypothèse a longtemps circulé. On n’a toutefois  jamais pu trouver la moindre indication en ce sens dans ses papiers posthumes … »&lt;/em&gt;&lt;br /&gt;Frau Hauptkopf soupira en pénétrant dans la chambre qu’elle louait à Herr Professor Bernhard Riemann. Elle en avait vu de toutes sortes depuis qu’elle avait dû se résigner, en raison d’un veuvage précoce, à louer des chambres de sa grande maison de Göttingen à des étudiants et des jeunes professeurs de l’université. Mais une chambre aussi pleine de désordre, de pagaille même, elle n’en avait jamais vue. Il faut dire qu’un locataire comme Herr Professor Riemann elle n’en avait jamais vu non plus. C’était le plus doux, le plus poli des êtres mais complètement désarmé face aux exigences de la vie matérielle. C’était comme si tous les objets se donnaient en permanence le mot pour rendre sa vie plus difficile. Avec lui les manches des casseroles d’eau bouillante tournaient régulièrement, les verres de vin pleins se renversaient systématiquement, les pans de chemise s’évadaient habituellement des culottes. Ce n’était pas que Herr Professor Riemann fût maladroit. Non car même la plus grande des maladresses a ses bornes. En fait Herr Professor Riemann était en guerre permanente avec les choses. Et bien sûr cette guerre, les choses la gagnaient facilement. Trop facilement même. Alors Frau Hauptkopf qui avait gardé un cœur généreux faisait ce qu’elle pouvait pour faciliter la vie du pauvre Herr Professor Riemann. Elle lui préparait ses repas, elle lui repassait son linge. Il était chaque fois confus et il la récompensait généreusement. Et pour elle le bénéfice était double car elle évitait également qu’un réchaud resté trop longtemps allumé dans sa chambre ne finisse par mettre le feu à la maison ou qu’un fer à peine sorti de son support de charbon de bois ne tombe sur le parquet où il ferait immanquablement une marque noire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fois-ci il ne s’agissait pas de nourriture ou de vêtements mais de quelque chose de plus grave, quelque chose qu’en temps normal Frau Hauptkopf n’avait absolument pas le droit de faire. Elle s’y était risqué une fois, une seule fois, au début, et elle avait alors vu le doux, le pacifique Bernhard Riemann, il n’était pas encore Professor, se transformer en tigre enragé. « Jamais, vous m’entendez jamais, Frau Hauptkopf, avait il assené d’une voix effrayante, blanche de rage, vous ne devez toucher mes papiers. Jamais, sous aucun prétexte ». Frau Hauptkopf avait été tellement impressionnée qu’elle s’était jusqu’à présent tenu scrupuleusement à la consigne donnée. Elle avait pris l’habitude de faire le ménage entre les papiers qui jonchaient le petit bureau de bois blanc, le lit et souvent le sol. Mais là c’était différent. Herr Professor Riemann venait de partir un mois en Italie pendant les vacances universitaires pour se reposer les poumons. La chambre s’offrait, désarmée, sans défenseur, à la rage de rangement de Frau Hauptkopf. Elle avait décidé de faire enfin régner l’ordre au sein de sa maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant Frau Hauptkopf s’avéra moins déterminée qu’elle le croyait. Après avoir aéré, passé la serpillière là où le sol était libre de papiers, retapé le lit et écartant les papiers qui le jonchaient et lavé les assiettes sales qui traînaient depuis plus d’une semaine, son ardeur s’éteint quand il s’agit de s’attaquer au rangement des papiers. Quelle peur, quel sentiment de respect pour ce qu’elle ne comprenait pas la retint ? Difficile à dire. En tout cas, sur le point de le mener à bien, elle renonça à son projet. Y renonça-t-elle complètement ? Non, car elle ne put s’empêcher de froisser et de jeter une feuille papier sur le bureau sur laquelle le fond d’une chope de bière avait laissé une trace circulaire. Un papier gâché par de la bière devait dans son esprit rabaissé ce papier à un niveau d’immondice auquel il ne pouvait pas bénéficier de la protection tutélaire de Herr Professor Riemann.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors ce papier, conformément à la légende, contenait-il en quelques lignes lumineuses la solution du mystère de l’hypothèse de Riemann ? Et bien non, c’était une simple note de restaurant. Et alors qu’en est-il de la véracité de la légende ? Eh bien, ce n’est pas cette histoire qui vous le dira.  &lt;br /&gt;édition datée du 13 mai 2013 : « Une équipe du MIT lève un mystère qui a intrigué les mathématiciens depuis plus de cent cinquante ans (Corresp. Particulière). Après plusieurs années d’un travail acharné et grâce à la mise à la mise en parallèle des trois plus gros ordinateurs mondiaux : un américain, un russe et un européen, l’équipe du professeur Pafroaôzieu du MIT a réussi à confirmer l’hypothèse de Riemann. &lt;strong&gt;Le Monde &lt;/strong&gt;Rappelons, sans rentrer dans des détails trop fastidieux, que Riemann lui-même avait écrit à l’académie de Berlin ne pas être en mesure de démontrer sa célèbre hypothèse. Une légende tenace, sensée reposer sur une confidence de Riemann sur son lit de mort, selon laquelle il aurait finalement réussi à démontrer son hypothèse a longtemps circulé. On n’a toutefois  jamais pu trouver la moindre indication en ce sens dans ses papiers posthumes … »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Frau Hauptkopf soupira en pénétrant dans la chambre qu’elle louait à Herr Professor Bernhard Riemann. Elle en avait vu de toutes sortes depuis qu’elle avait dû se résigner, en raison d’un veuvage précoce, à louer des chambres de sa grande maison de Göttingen à des étudiants et des jeunes professeurs de l’université. Mais une chambre aussi pleine de désordre, de pagaille même, elle n’en avait jamais vue. Il faut dire qu’un locataire comme Herr Professor Riemann elle n’en avait jamais vu non plus. C’était le plus doux, le plus poli des êtres mais complètement désarmé face aux exigences de la vie matérielle. C’était comme si tous les objets se donnaient en permanence le mot pour rendre sa vie plus difficile. Avec lui les manches des casseroles d’eau bouillante tournaient régulièrement, les verres de vin pleins se renversaient systématiquement, les pans de chemise s’évadaient habituellement des culottes. Ce n’était pas que Herr Professor Riemann fût maladroit. Non car même la plus grande des maladresses a ses bornes. En fait Herr Professor Riemann était en guerre permanente avec les choses. Et bien sûr cette guerre, les choses la gagnaient facilement. Trop facilement même. Alors Frau Hauptkopf qui avait gardé un cœur généreux faisait ce qu’elle pouvait pour faciliter la vie du pauvre Herr Professor Riemann. Elle lui préparait ses repas, elle lui repassait son linge. Il était chaque fois confus et il la récompensait généreusement. Et pour elle le bénéfice était double car elle évitait également qu’un réchaud resté trop longtemps allumé dans sa chambre ne finisse par mettre le feu à la maison ou qu’un fer à peine sorti de son support de charbon de bois ne tombe sur le parquet où il ferait immanquablement une marque noire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fois-ci il ne s’agissait pas de nourriture ou de vêtements mais de quelque chose de plus grave, quelque chose qu’en temps normal Frau Hauptkopf n’avait absolument pas le droit de faire. Elle s’y était risqué une fois, une seule fois, au début, et elle avait alors vu le doux, le pacifique Bernhard Riemann, il n’était pas encore Professor, se transformer en tigre enragé. « Jamais, vous m’entendez jamais, Frau Hauptkopf, avait il assené d’une voix effrayante, blanche de rage, vous ne devez toucher mes papiers. Jamais, sous aucun prétexte ». Frau Hauptkopf avait été tellement impressionnée qu’elle s’était jusqu’à présent tenu scrupuleusement à la consigne donnée. Elle avait pris l’habitude de faire le ménage entre les papiers qui jonchaient le petit bureau de bois blanc, le lit et souvent le sol. Mais là c’était différent. Herr Professor Riemann venait de partir un mois en Italie pendant les vacances universitaires pour se reposer les poumons. La chambre s’offrait, désarmée, sans défenseur, à la rage de rangement de Frau Hauptkopf. Elle avait décidé de faire enfin régner l’ordre au sein de sa maison.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant Frau Hauptkopf s’avéra moins déterminée qu’elle le croyait. Après avoir aéré, passé la serpillière là où le sol était libre de papiers, retapé le lit et écartant les papiers qui le jonchaient et lavé les assiettes sales qui traînaient depuis plus d’une semaine, son ardeur s’éteint quand il s’agit de s’attaquer au rangement des papiers. Quelle peur, quel sentiment de respect pour ce qu’elle ne comprenait pas la retint ? Difficile à dire. En tout cas, sur le point de le mener à bien, elle renonça à son projet. Y renonça-t-elle complètement ? Non, car elle ne put s’empêcher de froisser et de jeter une feuille papier sur le bureau sur laquelle le fond d’une chope de bière avait laissé une trace circulaire. 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Quand l'appartement est silencieux la nuit, et que je ne dors pas, j'entendrais le craquement d'une souris. Mais passons.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il me faut toute la philosophie de mon homonyme pour supporter de vivre dans de telles conditions. Mon logeur n'a aucun sens des valeurs, ni même des convenances. Il sait pourtant, ou plutôt il devrait savoir, qui je suis, ce que je vaux. Et au lieu de ça il me traite comme si j'étais un vieillard impuissant. Il n'a pas l'once d'un commencement de réflexion car s'il avait sagement pris exemple sur moi, qui ai su m'affranchir des tumultes de la passion amoureuse, il ne se serait pas laissé entraîner dans cette histoire avec cette femme, cette Olga, qu'il a finie par épouser et à qui il a fait ces deux « charmants » jumeaux dont je redoute tant la turbulence. Enfin vous sentez bien qu'en disant charmants j'ai mis des guillemets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il aurait pu me demander mon avis, depuis tant de temps que nous habitions ensemble. Il aurait pu changer d'appartement. Mais non. Monsieur m'a imposé sa femme. Les baiser à sa femme à tous bouts de champ. Les feulement de plaisir de sa femme. Les remarques désobligeantes de sa femme à mon endroit. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à feindre la surdité. Et puis les grossesses. Comme madame Olga lui en a fait baver! Je vous passe la petite enfance: les pleurs la nuit, l'odeur des couches, la niaise admiration devant les horribles petites frimousses. J'espérais qu'en grandissant les choses s'arrangeraient mais c'est devenu encore pire. L'appartement a été constamment sans dessus-dessous, mes siestes, à mon âge vous savez, n'ont cessé d'être interrompues par des cavalcades et des pleurs. Ils n'avaient aucun respect pour moi, me prenaient pour leur camarade de jeux. Moi, Baruch Spinoza, le camarade de jeux de ces bambins débrayés, de ces prédateurs, c'est comme ça que je les appelle, aux yeux noisettes et aux boucles blondes!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il fallait réagir pour ne pas laisser gâcher ces années de ma vie qui pouvaient après tout être les dernières. Bien que n'ayant jamais été moi-même marié je me dis qu'il n'y avait aucune chance que les parents prennent conscience de la situation et qu'il fallait que je m'attaque au couple. Mon raisonnement était que si le couple allait mal, vraiment mal, c'est la femme qui partirait, avec les prédateurs. Quand on vit avec des gens, qu'on est réputé être sourd et inoffensif, et qu'on est malin ce n'est pas très difficile par petites touches insensibles de détraquer la vie quotidienne, de créer des faisceaux d'indices, de faire naître des soupçons. Il faut commencer d'une manière si imperceptibles que les premiers doutes paraissent ridicules et ne donnent pas lieu à explication. Il faut être attentif tout en n'ayant l'air de rien, guetter les regards, les silences. Petit à petit il faut conforter l'édifice. Bien sûr je me suis attaqué d'abord à Olga. Les prédateurs allaient à la maternelle l'après-midi, il pouvait se passer beaucoup de choses en somme et ma présence discrète à l'autre bout de l'appartement n'était pas un garde-fou suffisant contre des aventures extra conjugales.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Lorsque les premiers soupçons furent insupportables pour lui, et à l'occasion d'une tâche mise par mes soins sur sa chemise blanche qu'Olga avait repassée la veille, le mari chauffé à blanc par mes soins discrets éclata, en accusation. Olga s'effondra en pleurs. La sincérité de sa réaction fut prise pour une redoutable preuve de sa duplicité de comédienne. Le ver était dans le fruit. Il ne me resta alors plus qu'à créer également les ravages du doute chez la femme en plaçant quelques longs cheveux, que j'avais récupérés de longue date sur le manteau d'une de leurs amies en visite, sur les chemises au lavage de monsieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Une fois la mécanique déclenchée il ne fallut guère plus de six mois pour que le couple éclate et que madame parte avec ses enfants. La vie dans l'appartement retrouva son calme et je servis même de confident à mon logeur. Evidemment ce n'est encore pas parfait. Un week-end sur deux c'est le retour des prédateurs. Alors moi, Baruch Spinoza, chat angora de dix-sept ans qui habite cet appartement depuis que j'ai eu trois semaines, je dois me réfugier sur le sommet du piano pour avoir à peu près la paix. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais enfin, c'est tout de même mieux qu'avant.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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Quelque fois la guerre, on peut la gagner. Quelque fois la guerre, même la guerre perdue, gagne la paix. C'est plutôt quelque chose comme la guerre civile, la guerre contre soi. Je suis un sniper qui doit faire mouche à chaque coup. Et tant pis si chaque coup qui fait mouche m'arrache un peu de ma chair. Surtout ne pas m'attendrir sur moi. Surtout respirer à grands traits ma fureur qui a la saveur du sang. Et garder la force de te tenir dans ma ligne de mire. Et de tirer. De tirer sur toi. Sur toi la femme que j'aime. Sur toi qui te dresses face à moi. Sur toi, la femme qui provoques ma fureur meurtrière. Pas de pistolet. Avec un pistolet ce serait vite fini. Mais des mots. Seulement des mots. Mais quels mots! Des mots ajustés, des mots polis, des mots qui font mal. Peut-être tout autant à moi qu'à toi parce qu'ils blessent notre histoire. Mais surtout cette blessure, que je m'administre en même temps qu'à toi, il faut que tu n'en soupçonnes rien. Il faut que tu me croies invulnérable, indifférent au carnage que je fais dans nos vies. Il ne faut surtout pas que tu te doutes que je souffre plus que tout pour notre fille qui a sept ans et qui pleure entre nous deux. Elle sait que c'est à cause d'elle que nous nous affrontons. Pour un choix d'activité du mercredi après-midi. Une vétille pourrait-on croire. Mais pour toi, sa mère, et moi, son père, c'est devenu existentiel. C'est toi ou moi. Pas de quartier. J'espère que notre petite fille ne perçoit pas complètement tout ce que nos voix contenues, nos périphrases presque doucereuses, contiennent de venin. J'espère qu'elle ne voit pas ces fausses concessions verbales que nous nous faisons et qui nous laissent en sang. J'ai pitié d'elle. Du mal que nous lui faisons mais il n'est pas question de rendre les armes. D'ailleurs tu me rends coup pour coup et à ce jeu atroce tu n'es pas moins habile que moi. Mais il faut surtout ne rien montrer des blessures reçues. C'est la règle. Ou alors il faudrait reconnaître ce qu'on a déjà perdu. Peut-être sans remède.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Un instant je ferme les yeux. Comme le boxeur épuisé s'accorde quelques secondes à terre pendant que l'arbitre égrène les secondes. Un, deux, trois ... Rien qu'un instant. Je ne peux pas sortir plus longtemps de l'arène. Mais il faut que je reprenne un minimum de souffle. Je repense à un autre combat. A un combat où j'avais mis toutes mes forces, celles de mes quinze ans. Je revis la scène, le silence soudain de la classe. C'était une classe de seconde, pas trop mauvaise mais il fallait vraiment une circonstance assez extraordinaire pour que tous rassemblent leur attention et la tournent vers moi qui étais tout seul sur l'estrade. Je terminais mon exposé sur Saint Just, l'Archange de la Terreur. Mon exposé ne devait pas être excellent mais j'avais travaillé assez méthodiquement, n'utilisant que des faits et des arguments raisonnables. Le sang qui avait coulé il y avait deux siècles ne me faisait pas peur. J'avais toutefois chargé le sinistre Robespierre, vieux, laid et, dit-on, vierge alors que Saint Just était jeune et beau. Et moi je rêvais d'avoir son magnétisme sexuel. Toutes les filles de la classe devaient griffer leurs draps le soir dans leurs lits en pensant à moi, et en attendant leur tour pour les plus chanceuses. J'avais quinze ans et je n'avais pas encore compris que le bonheur consistait à en distinguer une seule qui effacerait toutes les autres. Celle-là même avec qui nous étions entrain de nous déchirer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Du fond de la salle le professeur venait de me demander de sa voix métallique si j'avais bien réalisé toutes les contre-vérités que je venais d'énoncer sur Robespierre. Je recevais ses mots comme autant de gifles. Je regardais sa peau huileuse et sans couleur, son visage sans menton, sa pomme d'Adam presque inexistante. Il me faisait horreur. Je connaissais sa femme, une autre prof d'histoire que je trouvais repoussante et vieille. Et moi j'étais jeune, je me voyais beau. Je me croyais à la Convention en train de travailler au corps l'Assemblée. Je ne pensais même plus aux filles de la classe qui me regardaient, médusées. Notre professeur d'histoire avait une réputation de tyran intellectuel. Il se plaisait à contredire les opinions de la plupart de ses collègues du lycée en s'affirmant conservateur. Conservateur mais grand admirateur de Robespierre. Alors dans sa classe personne ne s'opposait jamais à ses prises de position péremptoires et sardoniques. Mais qu'il ne compte pas, cette vieille baderne, que je lâche un pouce de terrain. Les arguments me venaient au fus et à mesure des assauts. J'en étais étonné moi-même. Il parlait de plus en plus fort. Un peu de bave coulait au coin de sa bouche. Il y avait longtemps qu'il m'avait coupé toute retraite possible. J'étais grisé par la conscience du danger. Passer toute une année à vivre avec sa hargne. Et surtout je n'imaginais pas comment nous allions pouvoir sortir de notre querelle. Peut-être qu'il allait devoir me coller, m'acculer à une révolte irrémédiable. Finalement c'est lui qui céda. Il baissa le ton et finit par me dire qu'il n'était pas d'accord avec moi mais que j'avais travaillé mes arguments. Il allait me donner une bonne note. Un murmure flatteur parcourut la classe. J'avais gagné une année d'estime et de prestige. J'étais capable de braver le plus retors des professeurs. Je crois même que certains de ses collègues qui devaient le détester eurent vent de l'affaire et m'en marquèrent de la considération. Pour les filles je ne me souviens plus trop. Peut-être que je leur faisais désormais un peu peur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je rouvre les yeux. Je n'ai pas dû laisser à l'arbitre le temps de compter jusqu'à trois mais ma fureur a baissé de plusieurs crans. Ma détermination est intacte, renforcée même. Je vais continuer froidement, certain que ma victoire ne m'apportera rien mais que ma défaite est impossible. Il faut simplement que la violence verbale continue à monter entre nous pour que quelque chose arrive. Quelque chose mais je ne sais quoi. Je te regarde. Comme tu es belle! Tes cheveux semblent animés d'une vie propre, tes yeux étincellent de hargne et d'intelligence. Je sens ton souffle si vivant au creux de ta gorge. Allons, encore un minuscule effort et tout cela deviendra une terre étrangère pour moi. Je vais étouffer de mes mains ce lien d'amour qui nous unissait. Tu croyais que parce que tu es belle et parce que je t'aime tu pouvais décider pour notre fille sur cette chose insignifiante que j'aurais pu oublier une heure après. Et bien tu te trompes. Je ne te le dirai jamais, tu ne comprendras jamais pourquoi ce saccage s'est produit aujourd'hui mais c'est ainsi. Je ne sais pas moi-même pourquoi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La petite ne pleure plus. On dirait qu'elle a épuisé toutes ses larmes et qu'elle est débordée par la situation. Elle attend. Et toi, au lieu de répliquer une dernière fois tu fais un pas de côté pour allumer la radio. Tsahal, l'armée israélienne, a pénétré dans Gaza. L'offensive terrestre est engagée. Sans plus savoir ce que nous faisons que tout à l'heure nous nous précipitons dans les bras l'un de l'autre et nous nous serrons fort, en silence. Nous devons penser tous les deux à notre petite fille qui porte un nom juif et dont la mère est arabe.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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&amp;alt=rss&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5728190355191153159-5770994763551991097?l=arthur-hidden.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</description><link>http://arthur-hidden.blogspot.com/2009/01/affrontements.html</link><author>noreply@blogger.com (Arthur H.)</author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>2</thr:total></item><item><guid isPermaLink='false'>tag:blogger.com,1999:blog-5728190355191153159.post-2950881283247036451</guid><pubDate>Sat, 27 Dec 2008 10:40:00 +0000</pubDate><atom:updated>2008-12-27T06:41:47.007-04:00</atom:updated><title>Du côté de la Bastille</title><description>Ce samedi 14 juin 2008 était vraiment un jour exceptionnel. En traversant la place de la Bastille à pied, comme je le faisais presque tous les jours depuis vingt ans que j’habitais le quartier, je sentis se réveiller en moi une exaltation délicieuse, telle que je n'en avais pas connues depuis des années.. Ce type d’exaltation suscité par certains lieux magiques porteurs de vibrations particulières. Pour quelle raison ces endroits sont-ils, entre tous distingués? Est-ce une question de tectonique des plaques? De particularités du champ magnétique terrestre? Est-ce à cause d'une connivence entre ces lieux et certains faits de l'histoire, grands ou petits, connus ou cachés? Ce n'est pas moi qui peux répondre. Je ne suis après tout qu'un professeur d'anglais légèrement has been aux dires de son ex-femme et de sa fille. Mais j’étais ce jour-là, au coeur des vibrations de la place, l’héroïque peuple de Paris en liesse, le peuple souverain renversant la vieille citadelle, symbole honni de l’arbitraire de l’Ancien Régime. J’étais à nouveau le jeune prof d’anglais plein d’ambition, amoureux et admiré par sa bouleversante fiancée qu’il menait par la main dans la foule joyeuse venue fêter la victoire du 10 mai 1981.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Oubliés les jours ordinaires où c’est plutôt l’abattement que je ressens à voir cet opéra aux murs enserrés de filets pour éviter qu’une dalle du revêtement ne se détache et n’aille écraser un passant. Ce projet architectural de gauche que j’avais consciencieusement défendu contre la famille de mon ex-femme, des bourgeois conservateurs de province, menace ruine. Et l’opéra, qui appelle au partage en profondeur des émotions, n’est plus un lieu pour quelqu’un comme moi qui, depuis quinze ans déjà, vis dans une étouffante solitude. L'abattement c'est peut-être surtout de sentir filer, inutiles et mornes, mes dernières belles années alors que la place et le quartier alentour grouillent d'un flot toujours renouvelé, d'un flot éternel de couples de tous âges en pleine ascension fusionnelle. J'ai été comme eux. Nous avons été heureux. Ça a même duré plusieurs années. Nous avons eu une fille. Nous l'avons appelé Ewa. Ewa avec un double-vé. Une idée de sa mère qui avait toujours trouvé son prénom de Marie ringard. Marie pourtant, moi l’homme de gauche, le fils d'instituteurs laïcs, j'aimais bien. Mais Marie c'est peut-être aussi un prénom trop doux pour un avocat d'affaire. Quoique devenue féministe convaincue mon ex-femme ne veut pas qu'on dise qu'elle est avocate d'affaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ce sentiment de bonheur, ce quatorze juin dernier, c’est à Ewa que je le devais. Il faut dire que je ne la vois plus très souvent depuis qu'elle est majeure. C'est ma fille mais elle m'intimide. Elle est si brillante, si belle. Elle ressemble à sa mère, avec quelque chose peut-être d'encore plus inflexible. Quelque fois je me dis que c'est à cause du divorce de ses parents qu'elle est comme ça. J'aurais aimé qu'elle soit fière de moi, qu'elle soit secrètement jalouse de ma nouvelle compagne. Mais je n'ai jamais eu de nouvelle compagne et il y a déjà longtemps qu'elle m'a dit de manière définitive que mon humour absurde de vieux prof d'anglais la consternait. Cela doit faire une dizaine d'années mais je me souviens de cette phrase comme si c'était hier. Il m'en reste une blessure, une sorte de brûlure d'estomac.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je pense souvent à Ewa en traversant la Place de la Bastille. Je me demande quel couple elle forme en voyant ces amoureux qui se retrouvent dans les cafés, sur le pavé et jusque sur les marches de l'opéra. Qui est-il ce garçon qui a le bonheur de la tenir par la taille, de la faire rire, de l'embrasser fougueusement sans se préoccuper des passants? Pourquoi ne vient-elle jamais me présenter personne? Pourquoi ne me confie-t-elle jamais ses joies et ses chagrins d'amour? Est-ce qu'elle croit que je ne suis pas capable, comme tous les pères le font, de la consoler en la serrant dans mes bras, en lui caressant doucement les cheveux et en lui disant « Ma chérie, ma chérie » tandis qu'elle pleure sur mon épaule? Pourtant quand elle était petite et qu'elle se faisait mal, elle aimait que je la cajole. Bien sûr elle a toujours sa mère pour ça. Mais sa mère ce n'est pas moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ce jour-là en marchant la tête dans les nuages sur la place de la Bastille j’étais si heureux que je pensais à Dino. Je savais qu’il comprendrait mon bonheur. Dino est un clochard qui a régné pendant des années sur une plate-forme en élévation sur laquelle est construit un immeuble de bureau boulevard de la Bastille, le boulevard au bord de l'eau qui donne sur la place.. L’immeuble est en surplomb et offre un abri contre les intempéries. La longueur du terre-plain n'excède pas dix mètres. Le reste de la façade est occupé par un escalier de quelques marches qui donne accès aux bureaux. Dino y était tous les soirs, abrité de la pluie avec son sac de couchage et parfois un petit réchaud. C'est là qu'il passait la nuit, quelque soit le temps. Le matin quand je partais au lycée pour huit heures il dormait encore. Quand je partais pour neuf heures il n'était plus là. Il y avait souvent avec lui d'autres compagnons d'infortune qui restaient là pour quelques jours mais lui seul était le point fixe. La journée il faisait des petits boulots dans Paris. Il m'avait un jour expliqué qu'un boulanger du quartier gardait ses maigres affaires pendant la journée pour qu'il ne se fasse pas voler. Le dimanche le boulanger fermait et Dino ne quittait pas le dallage du pied de l'immeuble de la journée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; C'est peut-être à cause de cette particularité du dimanche, jour où les gens s'ennuient, qui avait rendu Dino si populaire dans le quartier. Cela faisait longtemps que j'avais remarqué que les gens s'arrêtaient pour lui parler. Les conversations semblaient détendues, sur un pied d'égalité. A vrai dire il émanait de lui une étrange autorité. Il avait des cheveux qui formaient une crinière épaisse, grisonnante, plus ou moins longue suivant les moments. Son visage très buriné faisait penser à un indien des Andes. J'appris, lorsque nous sommes devenus amis, qu'il était né et avait vécu sa jeunesse à La Réunion. Il disait souvent qu'il aimerait y retourner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Avant que nous ne devenions amis j'étais passé devant lui pendant des années sans lui adresser une parole. J'avais fini par le rendre invisible. Je savais par instinct éviter de regarder dans sa direction et lui ne devait pas plus faire attention à moi. Je remarquais seulement quand il était en conversation avec des gens du quartier. Un jour, ce devait être un dimanche d'automne où je me rendais au marché du boulevard Richard Lenoir, au milieu du trottoir il y avait un homme très costaud avec une salopette bleue qui parlait avec Dino. Il avait l'air furieux et je ne pouvais pas l'éviter, d'autant moins qu'il me héla.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;- Savez-vous ce qui est arrivé?&lt;br /&gt;- Non.&lt;br /&gt;- Pendant la nuit on lui a volé ses chaussures.&lt;br /&gt;- ...&lt;br /&gt;- Vous n'auriez pas une paire de chaussures à lui passer? Moi je fais du quarante-cinq. C'est trop grand.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Sans réfléchir je dis que je faisais du quarante-deux et que j'allais retourner chez moi pour voir si je n'avais pas une vieille paire. De gratitude l'homme voulut me prendre dans ses bras. J'eus un peu de mal à m'échapper à son étreinte amicale sans le vexer. Il dit: « Tu vois, Dino, le monsieur va t'aider » Je n'avais plus d'autre choix que de retourner chez moi pour aller fouiller mon placard à chaussures. Ce jour-là, sans l'avoir prévu ni réellement voulu Dino devint mon ami. Après l'avoir dépanné d'une paire de chaussures je pris l'habitude de lui parler chaque fois que je passais devant lui, le soir ou le week-end. Je lui demandais ce qu'il avait fait dans la journée. Il me parlait aussi de sa santé. Il ne posait jamais de questions. C'étaient les gens qui lui faisaient spontanément leurs confidences. Grâce à lui, pour la première fois, j'avais l'impression d'être intégré dans la vie du quartier. Nous formions une sorte de communauté d'amis de Dino. Nous nous reconnaissions lorsqu'un d'entre nous était en train de parler avec lui et qu'un autre s'arrêtait ou simplement faisait un bonjour ou un signe de la main en passant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ce bonheur que je songeais à partager avec Dino en traversant la Place de la Bastille c’était celui d’avoir Ewa marchant à mes côtés. En début d’après-midi ce jour-là elle m'avait donné rendez-vous dans une librairie anglaise de la rue de Rivoli pour que je lui donne des conseils sur des livres à emporter en vacances. Je l'ai invitée à prendre le thé à l'appartement. Ensemble nous avons pris le métro. Ça faisait des années que ça ne m'était pas arrivé avec elle. J'étais fier que tout le monde puisse voir que cette belle jeune femme pleine de vie était ma fille. Je sais que physiquement nous nous ressemblons un peu, bien qu'elle soit plutôt du côté de sa mère. Je lui parlais tout le temps pour qu'on remarque bien que je l'accompagnais. J'aurais presque aimé, moi qui ne suis pas du tout courageux, qu'il y ait un incident pour que j'aie l'occasion de la défendre. Nous sommes descendus à Bastille. Il faisait beau mais l'air était encore frais pour la saison. Je lui ai montré la place comme si elle ne la connaissait pas, comme si elle était une belle étrangère en visite à Paris. Elle a joué le jeu, elle s'est enthousiasmé pour le spectacle, pour l'Histoire, avec un hache majuscule. Elle m'a fait remarquer que le génie doré aux fesses nues se dressait au sommet d'une forte colonne de bronze phallique. Elle m'a dit, avec un accent venu de nulle part et un air faussement offusqué: « Français toujours polissons ». Nous avons tous les deux ri de bon coeur, heureux d'être complices.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Puis nous avons tourné le dos au génie et à la place et avons pris le boulevard de la Bastille. . Nous devisions gaiement. J'avais l'impression qu'elle était aussi heureuse que moi de ce moment de grâce. Peut-être qu'elle aussi, après tout, souffrait de la distance qui s'était installée entre nous. J'aime ce Boulevard où les immeubles ne sont que d'un côté et donnent sur le Port de l'Arsenal avec ses bateaux de plaisance alignés sur les deux rives. Le premier pâté de maison avec ses terrasses de café sur le trottoir est encore dans l'ambiance bourgeois-bohême de la place mais dès le deuxième l'atmosphère change et on se retrouve dans le vieux quartier presque populaire qui entourait la Gare de Lyon jusqu’à ce que la hausse des prix de l’immobilier n’entraîne des réhabilitations prétentieuses. Les voitures qui passent sans cesse ne réussissent pas à troubler la contemplation intemporelle des immeubles qui se font face de part et d’autre du port. Ceux de la rive ouest, du boulevard Bourdon dans le quatrième arrondissement sont simplement plus impassibles, plus bourgeois. C’est à cet endroit où le boulevard de la Bastille hésite entre plusieurs caractères qu’a été construit l’immeuble de Dino.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; En marchant au côté d'Ewa je me demandais si nous croiserions Dino. Je ne savais pas trop quelle pourrait être sa réaction devant l'amitié de son père avec un clochard. J'étais certain que mon ex-femme n'aurait pas apprécié et Ewa était beaucoup plus proche de sa mère que de moi. Mais d'autre part l'idée de heurter au-travers d'Ewa les idées rétrécies de sa mère n'était pas pour me déplaire. Et puis, surprendre ma fille de cette manière ne pouvait pas avoir de conséquences graves. Elle devrait finir par apprécier que son père ait une ouverture d'esprit qu'elle ne lui soupçonnait peut-être pas. J'étais d'une humeur optimiste. C'était la première fois depuis des années que ma fille avait fait appel à moi et elle avait accepté mon invitation à aller prendre le thé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je n'allais pas tarder à être renseigné. Il me semblait apercevoir Dino. J'arrêtais de parler et un silence se fit entre nous. Je ne sais pourquoi, mes oreilles bourdonnaient. Devant Dino, qui ne nous avait pas vus arriver, je retins Ewa par le bras.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hmmm. Bonjour Dino. Je te présente ma fille.&lt;br /&gt;Ça alors. Ça fait un moment que je ne vous avais pas vue. Vous êtes devenue une vraie dame. Si j'avais pu me douter que c'était ta fille!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ewa rit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C'est vrai que ça fait bien trois ans que je ne viens plus passer un week-end sur deux chez mon père. Mais tu peux me tutoyer comme avant. Je ne suis pas si vieille que ça!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Devant les tasses de thé Ewa m'a dit qu'elle connaissait Dino depuis qu'elle avait dans les huit ans. Elle ne se souvenait plus au juste. Elle n'en avait jamais parlé ni à sa mère ni à moi parce que ça ne nous regardait pas et qu'elle avait eu peur qu'on l'embête avec ça.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Après les grandes vacances je n'ai plus revu Dino. On avait installé une grille en fer forgé pour barrer l'espace où il avait eu l'habitude de s'installer pendant toutes ces années. Il avait dû rechercher un autre endroit. A moins qu'il n'ait fini par repartir dans son île de La Réunion. Ou qu'il ne soit mort. En tout cas il n'est pas dans les rues qui donnent sur la place de la Bastille. Je les ai toutes faites.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je n'ai pas revu non plus Ewa depuis. Je l'ai eue une fois au téléphone pour lui dire que Dino avait disparu. Elle n'a absolument rien dit, comme si elle n'avait pas entendu, mais elle a raccroché, encore plus vite que d'habitude. Je n'ai même pas eu le temps de lui demander si elle avait aimé les livres que je lui avais conseillé. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Peut-être qu'elle me rappellera pour Noël.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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Est-ce que si elle tourne les pages sans lever le nez c’est pour avoir la clé de l’énigme ? Est-ce pour ça qu’elle ne lève pas les yeux pour me voir, moi qui suis assis en face d’elle ? Si c’est un policier peut-être que je l’ai lu et que je pourrais lui dire, l’air mystérieux, que je connais le coupable mais que je ne la lui livrerai pas pour ne pas gâcher son plaisir ? Et même si,, pour de vrai je ne l’ai pas lu je pourrais le lui faire croire ? Peut-être qu’elle apprécierait cette discrétion, cette connivence ? Ou alors peut-être qu’elle est au bord du Nil, qu’elle lit le dernier Isabelle Rossignol ? Je pourrais lui dire que je la connais, lui raconter sur elle des anecdotes inventées ? Ou alors est-ce qu'elle ne lit pas un livre d’histoire ? C’est peut-être ça, la raison de son air concentré ? Ce serait une bûcheuse, elle pourrait me parler des mérovingiens ? Je lui poserais des questions ? Je lui montrerais que je m’intéresse moi aussi à l’histoire, et elle verrait bien que je ne suis pas un vulgaire dragueur ? Mais peut-être que c’est un bouquin de vulgarisation scientifique qu’elle lit ? Est-ce que ça l’intéresserait de savoir que j’ai écrit un livre sur les papillons de l’archipel malais ? Est-ce qu’elle réaliserait que ce n’est pas si fréquent que ça qu’une thèse soit publiée dans une version abrégée pour le grand public ? Est-ce qu’elle prendrait au sérieux quelqu’un qui s’intéresse aux papillons ? Est-ce qu’elle ne me prendrait pas pour un vieux schnoque, alors que je n’ai que trente cinq ans ? Avoir le sommet du crâne dégarni à mon âge, c’est quelque chose qui arrive, c’est même un signe de virilité, non ? Je fais encore assez jeune et après mes chimios mes cheveux ont bien repoussé, n’est-ce pas ?&lt;br /&gt;Et elle, à qui elle me fait penser ? Avec son air recueilli n’est-ce pas à une vierge de Raphael  penchée sur l’enfant qu’elle tient sur ses genoux? A moins que ce ne soit une vierge du gothique tardif, peut-être un retable que j’ai vu au musée royal de Bruxelles ? Comment est-il possible d’avoir une telle splendeur assise là, dans le métro, juste en face de moi ? Elle va bien finir par me remarquer ? Je devrais peut-être lui toucher le genoux avec mon genoux et m’excuser avec mon sourire le plus chaleureux ? Je pourrais alors lui parler de son livre ? Elle serait contente de sortir du livre pour parler à quelqu’un de bien vivant ? Nous pourrions rire ensemble ? &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais est-ce que je me pose les bonnes questions ? Est-ce que je me raconte les bonnes histoires ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Est-ce que je ne devrais pas être plus hypnotisé par l'ouverture de son chemisier, plus fasciné par ce qu'il laisse deviner de la naissance de ses seins ? Est-ce que je ne devrais pas me demander avec plus de curiosité comment ils reposent dans le soutien-gorge ? Et d’abord quelle est la couleur du soutien gorge ? Est-il blanc ? Gris perle ? Noir ? Est-il fermé ou en balconnet, laissant les seins à moitié libres, heureux, épanouis, simplement soutenus comme par des mains, des mains qui pourraient être les miennes ? Ne devrais-je pas supputer leur volume, leur forme, la largeur et la couleur des aréoles ? Ne devrais-je pas imaginer que leurs pointes sont dures, appétissantes, dans l’attente de mes mais, de mes lèvres ? Ne devrais-je pas me figurer que je fourre mon nez dans le sillon naissant, là où mes yeux voient ? Et que je pourrais sentir la chaleur, l’odeur sucrée de la peau jeune et fraîche ? Que mes lèvres délicates embrasseraient légèrement la tentante vallée ? Qu’elle rirait joyeusement, chatouillée par ma douce caresse ? Que je pourrais remonter le long d’un globe ferme, saisir la pointe, la faire fondre de plaisir ? Est-ce que je ne devrais pas m’imaginer nous deux plus tard, marchant dans la campagne, main dans la main, insouciants et heureux ? Moi la serrant dans mes bras ? Elle, la tête sur ma poitrine ? Moi caressant doucement ses cheveux chauds et ondulés ? Est-ce que je ne devrais pas rêver à l’indicible attrait de ses lèvres, rouges, charnues ? Est-ce que je ne devrais pas imaginer le délice de nos deux langues mêlées écrasant le fruit tendre de l'amour pour mieux le savourer goulûment ? Est-ce que je ne devrais pas être tout excité par  ces pensées, à la fois fier et gêné de leurs répercussions physiques qui risquent de me trahir ? Est-ce que je ne devrais pas me torturer en me disant que c’est l’occasion ou jamais ? Est-ce que je ne devrais pas être pris de vertige rien qu’en pensant au moment où elle finira par lever les yeux je jouerai toute ma séduction, toute ma soif d’aimer ? Par ce moment où je jouerai une fois de plus une partie sans précédent, une partie toujours renouvelée comme si chaque fois était la première fois? Comme si c’était toujours la première fois, comme si j’étais toujours le jeune adolescent gauche, amoureux pour la première fois, amoureux à en mourir ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi est-ce que je ne sens pas cette histoire plus vivante ? Pourquoi est-ce que j’ai l’impression de réciter une leçon depuis longtemps apprise ? Pourquoi ai-je l’impression de lire une histoire à moitié effacée ? Pourquoi, maintenant qu’elle lève enfin les yeux, elle regarde dans ma direction sans me voir, comme si j’étais transparent ? Pourquoi la grosse dame avec son manteau jaune qui s’assied en face d’elle à ma place ne semble même pas me remarquer. Comment est-il possible qu’elle s’asseye là où je suis assis ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pourquoi est-ce que ça fait bien quinze jours que ma barbe ne pousse plus ? Est-ce possible après tout que depuis plus de deux semaines je sois mort sans m’en être rendu compte ?&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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Je n’étais pas toujours très forte à l’école primaire et vous m’avez bien soutenue. Vous avez conseillé à mes parents que je redouble mon CM1 et, grâce à ça, j’ai réussi du premier coup l’examen d’entrée en sixième. Parfois c’était dur pour moi, mais j’ai toujours aimé l’école, votre école.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Et maintenant mon rêve va devenir réalité. J’ai réussi le concours de l’école normale. Je vais pouvoir devenir institutrice. Comme madame Larminet ! Et peut-être un jour directrice, comme vous !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors, vraiment je vous remercie. Je sais que tout ça, au fond, c’est un peu grâce à vous. C’est vous qui m’avez donné ce goût, cette envie. Grâce à mes parents aussi, bien sûr. Il n’empêche. Vous avez toujours eu confiance en moi. Même quand j’ai redoublé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Maintenant je me rends compte que nous étions des enfants bien turbulents. Nous avions tous un peu peur de vous, de votre autorité. Les garçons essayaient toujours de se moquer de vous dans votre dos mais, tous, nous savions que nous pouvions compter sur vous. Nous savions que, derrière vos airs sévères, vous nous compreniez et nous aimiez.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mon fiancé va devenir professeur de mathématiques. Ça me fait rire, moi qui ai toujours été si nulle en maths. Je ne sais pas si vous vous souvenez de mes notes de problèmes ?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il vient d’être reçu au CAPES et nous allons nous marier cet automne. Nous espérons que ça va l’aider à avoir son premier poste pas trop loin de Toulouse, où je vais faire l’école normale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’espère que votre retraite se passe bien et que vous êtes toujours en bonne santé. Ça a dû vous faire drôle, au début, de vous retrouver toute seule après toutes ces années au milieu des gosses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je vous remercie encore une fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;  &lt;br /&gt;Valérie&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;Le 30 juin 1962 &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;   Mademoiselle,&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je n’ai pas pu venir à la fête donnée pour votre départ en retraite. J’aurais aimé mais pour tout le village, pour monsieur le maire, mon ami, et monsieur le curé, le vôtre, vous et moi, le directeur de l’école publique et la directrice de l’école libre, nous sommes ennemis.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Des âmes charitables, il n’en manque pas dans votre crémerie, m’ont souvent rapporté que, quand un de vos élèves disait un gros mot à l’heure de la sortie, vous le menaciez de l’envoyer chez les voyous de la laïque. Et je suis bien sûr que certains de mes parents d’élèves, parmi les plus anticléricaux, ont dû trouver le moyen, un jour ou l’autre, d’aller se plaindre de moi auprès de vous, en vous rapportant que je parlais quelque fois de vous, devant eux, comme de la vieille fille du curé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis vingt ans que je suis arrivé au village, vous êtes un mystère pour moi. Toujours tirée à quatre épingles, toujours seule, sans autre attache que les générations successives d’enfants. Respectée de tous pour une conduite irréprochable. Face à vous, moi, le chef naturel du camp d’en face. Marié deux fois et qui vis avec une femme qui n’est pas la mienne. En arrivant ici, je peux vous l’avouer, j’étais assez coureur. J’ai dû devenir, à cause de vous, ce que j’étais au fond, un homme à la conduite irréprochable. Et, pour mes ouailles, un aussi bon directeur que vous l’êtes pour les vôtres. Et ainsi nous sommes les deux grandes autorités morales de ce village, dressés l’un face à l’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons toujours tenu notre rang, vous et moi, sans jamais pactiser, sans presque jamais nous parler ; nous contentant de nous saluer très poliment lorsque nous nous croisions dans le village. Pourtant, combien de fois avons-nous été des alliés tacites ? Tous les deux indéfectiblement loyaux à un idéal commun lorsqu’il s’agissait de permettre à un enfant, en difficulté grave dans une de nos deux écoles, de se refaire une santé d’urgence, en cours d’année, dans l’autre. Le plus souvent, une fois la situation rétablie, l’enfant retournait dans son camp de départ. Ça a dû se produire une douzaine de fois en vingt ans, dans un sens ou dans l’autre, peu importe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A chaque fois nous faisions comme si tout se passait en-dehors de nous, comme si nous n’avions rien remarqué. Il ne fallait surtout pas que des rivalités de camp puissent nuire à l’enfant. J’ai apprécié votre discrétion dans ces circonstances, comme je suis certain que vous avez apprécié la mienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors oui, mademoiselle, votre personnalité garde pour moi tout son mystère mais, s’il existait un paradis, ce que je ne crois absolument pas, il aurait certainement une section pour ces incurables crétins que sont les pédagogues, pour lesquels l’intérêt de l’enfant prime tout. Si donc un tel lieu pouvait exister, je suis certain que nous nous retrouverions un jour, côte à côte, assis tous les deux à nos bureaux jumeaux avec leur encrier blanc rempli d’encre violette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vous me manquerez, mademoiselle. Je vous souhaite une excellente retraite.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Denis Legrand&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le 13 avril 1918.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mademoiselle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme aussi il a dit de vous écrirre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le fils est mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les gendarmes sont venu ce matin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme il était au chant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont dit que le fils sera décorré au cor d’armé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils ont dit qu’il y avait pas le cor.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme il a dit de vous dire s’il a crié quand le fils a dit qu’il voulait vous marrier c’est pas que vous êtes pas une gentille demoiselle.&lt;br /&gt;L’homme il a dit au contrairre.&lt;br /&gt;L’homme il a dit reprendre la ferme avec le fils s’était pas bien pour une gentille demoiselle comme vous.&lt;br /&gt;Une demoiselle de la ville qui veut devenir insitutrice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mintenant le fils il est mort.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a plus personne pour reprendre la ferme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme il a dit de vous dire si vous voulez vous pouvez vous mettre avec nous a la messe.&lt;br /&gt;La messe de monsieur le curé pour le fils. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même si le cor il est pas la.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On vous dirra quand.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme il a dit la médaille du fils quand on la ressoit on vous la donne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’homme il a dit elle est a vous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dite a votre maman quand je vais en ville jeudi je lui aporte des salades&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;MELANIE HEURTEBISE&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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&amp;alt=rss&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/5728190355191153159-2391836693149760315?l=arthur-hidden.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</description><link>http://arthur-hidden.blogspot.com/2008/05/rupture.html</link><author>noreply@blogger.com (Arthur H.)</author><thr:total xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'>1</thr:total></item><item><guid isPermaLink='false'>tag:blogger.com,1999:blog-5728190355191153159.post-3774615727580830417</guid><pubDate>Mon, 12 May 2008 08:07:00 +0000</pubDate><atom:updated>2008-05-12T04:08:55.959-04:00</atom:updated><title>La Marquise de Sévigné</title><description>Y a marqué quoi ?&lt;br /&gt;Y a marqué Marie de Rabutin-Chantal Marquise de Sévigné&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; La petite fille en robe rose que son père a placée sur la margelle de la fontaine se retourne pour qu’il la prenne en photo devant moi. Une photo de plus où je trônerai sur mon socle de pierre, en robe de bronze, au milieu de la fontaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je suis pratiquement née avec la photographie et je ne peux pas compter tous les clichés qu’on a fait de moi, sans parler des cartes postales ! Il y a eu aussi des gravures, des peintures mais ça ne fait pas plus d’un siècle et demi que je suis là, à contempler le beffroi. Il y a même eu des interruptions. Pendant la seconde guerre mondiale j’ai fait de la résistance. Pour éviter de finir en balle de fusil allemand ou dans la collection privée d’un potentat du Troisième Reich, je me suis caché dans une ferme, au milieu de la paille. Je n’étais donc pas là pour les voir mourir, ces jeunes combattants français tués ici par les allemands le 24 août 1944. J’aime l’air martial de la plaque qui commémore leur souvenir, sur le pignon de la boulangerie, en dessous du beffroi : « Les combats de Nyons et de Grignan furent cités à l’ordre de l’armée ». C’est sûr que j’ai dû connaître certains d’entre eux encore enfants quand ils venaient boire l’eau de la fontaine qui continue de couler à mes pieds. Quelle misère, ces jeunes qui devaient être si beaux !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais je ne suis sure de rien. J’en ai tellement vu d’enfants et de saisons depuis le jour où, comme le dit la plaque apposée dans mon dos :&lt;br /&gt;Une souscription nationale&lt;br /&gt;A élevé cette statue&lt;br /&gt;A l’immortelle Madame De Sévigné !!!&lt;br /&gt;Le 4 octobre 1857&lt;br /&gt;Les trois points d’exclamation, la majuscule de ma particule, tout cela m’attendrit. Je ne suis pas l’héritière d’une des plus nobles familles du dix-septième siècle, je suis de ce dix-neuvième siècle si plein d’espoir et parfois si balourd. Je suis du siècle de Nadar et de Victor Hugo ! Mais je suis aussi d’aujourd’hui et j’aime réchauffer ma carcasse à ce soleil de mai 2008 tandis que les martinets noirs patrouillent dans le ciel. J’ai l’intention de profiter de cette journée inauguré par l’habituelle visite de Philippe Jaccottet, un vrai poète, venu chercher son pain et son journal avant que les rues ne se remplissent de monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Je suis aussi curieuse que la marquise que je suis sensée représenter et mon grand plaisir est de regarder les gens sur la place pavée de frais. Il y a un couple de vacanciers en tenue décontractée qui descendent de la rue des Remparts. Une femme du pays, élégamment habillée, consulte les avis municipaux devant la mairie au ridicule fronton de temple grec. Elle n’est plus, l’époque où les femmes portaient des blouses à fleurs achetées au marché du mardi. Un retraité à casquette, chaussettes et sandales, admire les roses de toutes couleurs qui partent à l’assaut des pierres blanches des remparts. Un soixante-huitard attardé, avec ses cheveux en catogan et sa barbe grisonnante, tient par la main deux petites filles. Tiens, il a un fin anneau d’argent à la narine gauche, et un autre tout pareil à l’arcade sourcilière. Un homme imposant, cheveux blancs, bouc bien taillé, tête de félibrige, les rejoint. Ils décident d’aller s’asseoir à la terrasse du café, à ma gauche. A cette heure il reste encore des places. Je n’écoute pas les galéjades du serveur qui commente la saison de foot avec un habitué. Je n’écoute pas, mais j’aime cette musique joviale et familière. A mon âge ça rassure.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Dans la rue, en bas des remparts, un couple. Même de loin, lui semble immense. Elle, beaucoup plus petite, marche lovée à lui. Ils sont jeunes. Ils rayonnent de jeunesse. Je ressens le poinçon fulgurant de la jalousie. J’aimerais tant être à sa place à elle, accrochée à son bras à lui !&lt;br /&gt; &lt;br /&gt; Ça alors ! Plus ils s’approchent et plus … Plus je le reconnais ! La même taille, la même assurance, le même air conquérant. Il est habillé comme les jeunes de son âge : tee-shirt et bermuda. Mais quelle classe ! La fille à ses côtés semble bien quelconque. Allons, Marie, la jalousie t’égare.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; En tout cas c’est le portrait de son père au même âge. Il n’y a pas le moindre doute. C’est son fils ! Les yeux me piquent. Ça fait combien d’années ? Je ne sais pas au juste. Vingt-cinq ans peut-être. Cet été-là, une bande de hollandais avait passé la semaine dans le camping municipal. Tous les soirs ils venaient au bistro. Je l’avais tout de suite remarqué. C’était le plus grand, le plus beau. Le plus hardi aussi. Au début, il m’envoyait des baisers d’en bas. Ses copains rigolaient. Visiblement c’était lui le chef de la petite bande. Et puis un soir, le dernier soir, il est monté, il s’est assis sur mes genoux. Il a pris mon bras qui tient la plume en bronze et, sans façon, il m’a embrassé. Sur la bouche. Ses copains applaudissaient. Des flash ont crépité. Et moi, c’était la première fois. Depuis plus d’un siècle !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Et puis je ne les ai plus revus. Je les attendus, les jours suivants, et puis les années suivantes. Je l’avais presque oublié.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais voilà qu’ils s’approchent. Il se détache d’elle. Il me fait un petit signe de la main. Il lui explique quelque chose. En hollandais, j’imagine. En tout cas je ne comprends rien. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il sort un appareil photo. Il me photographie. De près. Pas la fontaine. Pas le socle. Non. Que moi. Rien que moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Mais que se passe-t-il ? Voilà qu’il …&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Il embrasse fougueusement sa compagne en me regardant. Et je sais que c’est moi qu’il embrasse. Mes lèvres de bronze s’écartent. Sa langue vorace fouille ma bouche. Sa langue trouve la mienne. Sa main se pose sur mon sein.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; C’est fini. Ils me regardent tous les deux. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Non, je ne rêve pas : il m’a fait un clin d’œil. La donzelle, stupide, ne se doute pas que ce baiser ardent, c’est à moi qu’elle le doit. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Ils s’en vont, main dans la main. Je ne suis plus jalouse. Non.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; Allez vite faire ce fils qui, un jour, à son tour …&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;script type="text/javascript"&gt;
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