vendredi 11 novembre 2022

Église catholique en France

Nous ne sommes peut-être pas encore au fond du trou mais nous n’en sommes sans doute pas très loin.

Colère et tristesse.

Dans la nuit du 8 au 9 novembre, à quatre heures du matin une personne simple se sachant pécheresse se réveilla très triste. Elle se sentait ivre de colère et et traitait l’église de prostituée. Elle était fort heureusement trop ignorante pour penser au précèdent du prophète Osée.
Mais plus encore que la colère qui finirait par passer parce qu’elle en avait vu d’autres, c’était la tristesse à la pensée de ce qu’elle avait lu, que des personnes quittaient l’église sur la pointe des pieds, que d’autres rejoignaient les églises évangéliques, qui la tenait éveillée.
Alors cette femme sans malice, appelons la Véronique comme celle-là qui, dit-on, essuya la face du Seigneut, fit ce qu’elle faisait parfois quand elle n’arrivait pas à dormir. Elle prit son chapelet dans la poche de sa robe de chambre.
Elle commença par réciter son Credo, « Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Cette femme était tellement simple, certains penseront peut-être qu’elle était bien bête, qu’elle ne se dit pas qu’en fait
d’unicité il y avait les catholiques, toutes sortes de protestants dont son gendre bien-aimé qu’elle adorait de rendre sa fille unique si heureuse, et même des orthodoxes. Elle s’était toujours demandée pourquoi ils s’appelaient orthodoxes alors qu’ils n’étaient pas catholiques.
Sur la sainteté elle avait appris que Pierre le premier Pape n’avait pas toujours été à la hauteur, pas plus qu’elle d’ailleurs. Donc elle prononçait ce mot sans trop se poser de questions.
Catholique ça voulait dire catholique donc aucun problème. Elle ne s’étonnait pas, elle était pourtant une si tendre mère, que pour son fils l’église se comporte comme une marâtre. Elle savait, et c’était un secret entre Dieu et elle, que son Denis était un bon gars qui s’était ouvert lorsqu’il avait rencontré Marc son conjoint. Oui, c’était vraiment un grand secret entre Dieu et elle. Peut-être la seule chose de prix qu’elle possédait. Tellement précieuse qu’elle n’en parlait pas même à son confesseur.
Apostolique: ça c’était le noyau dur. Pensez donc. La succession apostolique! La confiance que ça donnait! Les trop rares fois où elle avait vu son évêque. Sa joie, sa fierté! Elle n’en parlait pas avec son gendre protestant. Elle avait peur que cela le terrasse. Qu’il perde sa foi, qu’il se braque. Elle ne se sentait pas toujours très courageuse!
Ensuite après le Notre Père et les trois Je vous salue Marie elle attaque le dur en ce début du mercredi, le premier des Mystères glorieux, celui de Pâques.
Souvent elle récite son chapelet sans y prêter attention. Heureusement que les grains sont là pour la guider! Mais cette fois-ci elle prend le temps de regarder le tombeau vide, de penser aux apparitions de Jésus que ses disciples ne reconnaissent pas toujours immédiatement. Et voilà qu’elle réalise quelque chose d’inouï. Elle aussi se trouve devant le tombeau vide. Pour elle aussi dans sa vie il est vide la plupart du temps même. Elle aussi il lui arrive de rencontrer Jésus ressuscité et elle ne s’en rend pas tout de suite compte. Elle ne sait pas comment l’exprimer. Alors, pour dire quelque chose parce qu’il faut bien s’expliquer parfois, elle dit à ses petits-enfants qu’elle a la foi.
Et elle s’endort sans passer au mystère suivant,
Le lendemain à son réveil elle prie sur l’évangile du jour. Elle entend Jésus dire; « Il est inévitable que des scandales se produisent … » La tristesse l’a quittée, remplacée par la joie. Une idée folle lui est venue. Et si l’église à laquelle elle croit
n’était pas seulement l’église catholique à laquelle elle se sent appartenir de toute son histoire mais toutes celles et tous ceux qui ont la foi dans le Christ ressuscité? Et si son secret de mère aimante avec Dieu concernant son fils et son mari, d’autres qu’elle n’avaient pas le même genre de secrets? Et si son gendre protestant ne faisait pas parfois la même expérience que les apôtres devant le tombeau vide en lisant sa bible?
Alors elle décide d’inviter sa fille et son mari, son fils et son mari, ses petits-enfants dimanche prochain pour leur offrir un repas de fête. Une fête qui sera mémorable. Elle ne sait pas si elle pourra leur dire de quelle fête il s’agit. Et tant pis, une fois n’est pas coutume, elle ira à la messe anticipée du samedi pour avoir tout le temps de préparer un repas dans lequel elle mettra tout son amour.
Non mais!


mercredi 5 octobre 2016

La pie grièche

Quand les deux yeux fermés en un soir chaud d'automne que, par un sûr instinct, il pressentait devoir être le dernier, alors qu'il se tenait membres déployés, parfaitement immobile, sur la lame de granit schisteux que toute la journée le soleil avait chauffée, au fur et à mesure qu'il ralentit sa respiration, il sentit plus fortement la chaleur accumulée pénétrer sa poitrine et son ventre nus contre la pierre. Peut-être était-ce une certaine mémoire enfouie dans le système complexe des interactions physiques, chimiques, électriques dont il était constitué qui le poussait à imiter une fois encore, mais d'une manière s'il était possible plus parfaite que d'habitude, la minéralité des feuillets de roche parmi lesquels il se dissimulait. Pourtant ce jour-là le vieux chasseur ne sortait pas sa langue sensible, mobile. La saison devait en être passée.

Il portait en lui des fragments de son histoire comme la pierre sur laquelle il reposait portait des fragments de mica. Un doigt cassé s'était reconsolidé de travers: témoin de la rencontre d'un rival poussé par la même pulsion à l'accouplement que lui. Sa queue arrachée avait repoussé,  grotesquement double: exploit conservé précieusement dans le musée des souvenirs d'un ancien enfant demeuré cruel, mais qui avait cessé depuis longtemps d'être charmant.

Une pie grièche s'abat sur le lézard. D'un coup de bec elle lui casse le dos et clôt l'histoire.

mardi 4 octobre 2016

Exercice proposé par les Impromptus littéraires

P- Alors?
- Quand je suis allée chez le notaire je ne me doutais vraiment pas de ce qui allait nous arriver.
- Tu es énervante. Ne tourne pas autour du pot. Dis!
- Tu es paradoxal tu sais. Hier encore tu m'a fait une scène parce que tu trouvais que je ne te racontais pas tout les détails de ma journée. Ta maudite jalousie! Oh comme je t'ai haï!
- Oh Clara! Je t'en prie, excuse moi mais tu me fais griller d'impatience. Ma patience n'est pas expansible à l'infini. Tu le sais bien, alors arrête de me persécuter. Qu'a dit le notaire?
- Tu sais, je l'aimais bien mon grand oncle même si ça faisait des années à cause de toi que je ne l'avais pas revu.
- Clara, je t'en prie. On dirait que je te tenais enfermée!
- Avec grand-père je me souviens d'une fois où on était aller le voir en vacances. On avait pris le bateau. Il n'y avait pas encore de pont pour desservir l'île. 
- Clara!
- Je devais avoir huit ans. Tu te rends compte d'une aventure ... Je t'assure que ça ne sert à rien de tapoter la table, de soupirer, de te frotter le menton. Pour une fois où j'ai quelque chose à raconter ... -- Sois patient mon chéri, sois patient. 
- Clara, je t'en supplie ...
- Quand il avait fini sa journée au marais salant l'oncle rentrait pour motoculter son champ au bord de mer.
- Oh Clara, qu'est-ce que le notaire a dit?
- Tu sais l'oncle vivait très difficilement. Il nous laisse un lit, une table, une chaise, deux casseroles et ... et un vieux relax en acier tubulaire.
- Un vieux relax en acier tubulaire! C'est tout?
- Ah oui, j'allais oublier.
- Tu allais oublier quoi?
- Il nous laisse aussi la bicoque et le terrain.
- Bon dieu Clara! Tu aurais pu le dire plus tôt! Ça fait combien d'après le notaire?
- Il estime à plus d'un million.
- Un, un, un ...
-Un, un, un ... C'est bien la première fois que je te vois bégayer. En fait bien sûr on va se faire ponctionner mais le notaire dit qu'il nous restera de l'ordre de un million trois ... Eh bien, tu ne dis rien?
- Tu te rends compte ma chérie. On va pouvoir larguer cet appartement pourri en région parisienne dont le loyer me coûte la peau des fesses.
- J'en paye ma part!
- A la hauteur de tes revenus! Mais ce n'est pas le sujet. Ne m'interromps pas tout le temps, c'est vrai, c'est énervant! Je voulais dire qu'on va pouvoir se réoccitaniser en rachetant la maison de mes parents.
- Se réoccitaniser? La maison de tes parents? Tu crois? Tu crois vraiment? La maison de tes parents!
- Oui, bien sûr, la maison de mes parents! Tu verras, tu t'y habitueras.
- ... Tu as raison. Je verrai. Je m'y habituerai ... J'ai oublié de te dire que la seule chose que l'oncle ne nous laisse pas c'est son boutoué qui appartenait déjà à son grand-père.
- C'est quoi un boutoué?
-Le notaire m'a expliqué que c'est un outil dans les marais salants. Il en fait don au Musée municipal. - - Son conservateur était là chez le notaire et il était tout content. Il a dit que c'était la première fois qu'il en voyait un qui était si ancien.
- Ah la charogne! Il aurait pu nous le laisser et on l'aurait vendu à un antiquaire ou au musée.
- C'est bien là que le bât blesse avec toi mon chéri. Je vais te laisser te débrouiller tout seul avec le loyer de l'appartement. Ma part était si minime! Et je vais me chercher une petite maison en Bretagne.
- Mais Clara!
- Il n'y a plus de Clara pour toi. J'ai pris mon billet de train pour Rennes ce soir. Je vais chez ma sœur le temps que je trouve une maison. Maintenant tu me laisses faire mes valises et tu restes calme ou j'appelle la police.

lundi 18 janvier 2016

Ligne une XV


Il a repéré le siège vide en duo lorsque la rame s'est immobilisée. Il s'est précipité et n'a pas pris le temps de vraiment regarder la femme qui lui fait face. Il est enrhumé et pour cacher ses yeux qui larmoient et ses reniflements il s'est immédiatement enfoui dans la lecture du supplément Livres du Monde. Il a seulement perçu que c'était une femme aux cheveux bruns. Le titre du livre dont il lit la critique: "La haine de la littérature". Un drôle de titre qui le laisse songeur. 

Il a besoin de cette escale entre l'univers familier de son son travail qu'il vient de quitter et ce déjeuner dans un restaurant avec son ami et sa compagne qu'il ne connaît pas encore.

Il entend un téléphone sonner en face de lui. Une sonnerie inhabituelle, le tintement d'une cloche. La sonnerie dure un peu. Le téléphone ne doit pas être directement accessible. Il imagine que c'est celui d'une femme qui le cherche au fond de son sac. Un homme n'aurait pas choisi une sonnerie aussi raffinée.

Allo. Comment vas-tu?
...
Je suis dans le métro. Tu aurais vu ton fils il était fou amoureux.
(La voix est très proche. C'est donc celle de la femme qui est assise en face de lui. Il entend une pointe d'accent étranger indéfinissable. Il arrête de lire pour écouter la conversation.)
...
Oui, c'est Jennifer. Il l'a vue.
...
C'était adorable, il était perdu.
...
He was melting. Il la regardait et ne disait rien.
...
Tu le verras ce soir
...
Bise.

La conversation s'arrête. Il finit son article. Il a envie de connaître la femme dont il vient d'entendre l'agréable voix, le délicieux accent. Quels sont ses rapports avec l'homme qui l'a appelée, est-elle sa maîtresse ? Sa mère ? À quoi ressemble-t-elle. Il rabat son journal et ne peut s'empêcher de lui sourire. Elle n'est pas jeune, pas âgée non plus. Elle répond à son sourire.

Vous avez l'air enrhumé. Je vais vous donner une pilule avec du propolis. Ça vous fera du bien (Elle fouille dans son sac)
... Merci. C'est gentil.
Non, je ne le retrouve pas. Je suis désolée.
Ce n'est pas grave. Mais pouvez-vous me dire le nom de ce médicament ?
Je ne sais pas exactement. Vous le trouverez chez Naturalia
... (Il lui fait un petit signe de remerciement de la tête)
...
Hmm 
...
Excusez-moi. C'est certainement très indiscret de ma part mais sans le vouloir j'ai entendu votre conversation d'il y a un instant au téléphone. Quel âge a le garçon qui était melting ? Douze, quatorze ans?
Il a trois ans et demi. Elle l'avait déjà gardé une fois avant les vacances. Il ne s'attendait pas à la revoir et quand il l'a vue il a été sidéré. Il ne savait plus parler. Il ne pouvait plus bouger. Il était perdu. C'était trop attendrissant.

La conversation se termine. Ils se sourient. Ils sont à la station Argentine.

Ils arrivent à la station Charles de Gaulle-Etoile. La femme commence à se lever.
- Excusez-moi. Il faut que je vous abandonne.
- Au revoir et merci.

mercredi 28 octobre 2015

La photo



 



 


  • Regardez Tantine, la photo qu’a faite Gérard le week-end dernier en allant à G.
  •  ???
  • Là, dans l’écran de mon téléphone. C’est comme ça que ça se passe maintenant les photos, Tantine. Gérard a pris la photo sur son téléphone et hop ! il me l’a envoyée dans ma boite aux lettres.
  •  ???
  • Vous reconnaissez ?
  •  ???
  • Mais si vous devez bien reconnaître. Voyons. C’était votre ancienne maison de vacances. Vous voyez le grand figuier qui bouchait toute la cour ? On vous plaisantait tout le temps en disant que si vous ne le coupiez pas il allait finir par tout envahir.
  •  ???
  • Et bien les nouveaux propriétaires l’ont taillé et ils l’ont gardé.
  •  ???
  • Le reste a bien changé. A la place de votre appartement au rez-de-chaussée il y a des boutiques. Vous voyez sur la droite, là où il y avait votre cuisine il y a un magasin de confiseries-salon de thé. Vous voyez il y a des tables dehors pour les clients.
  •  ???
  • Et à la place de votre chambre il y a une boutique de fringues ! Dans le grenier il y a la boutique d’un artisan qui fait des bijoux en verre et le salon d’une esthéticienne. Vous verriez ça, c’est splendide ;
  •  ???
  • Bon Tantine, il faut qu’on y aille. Ça fait plaisir de voir que vous avez l’air en pleine forme. On vous embrasse de la part de Gérard aussi. Il vous aime bien aussi, le fiston.
  •  ???




  • Ouf, ils sont partis. Quelle idée de m’apporter cette photo de ma vieille maison de vacances. Je l’aimais tant. Pourquoi ils m’ont forcé de la vendre avant d’aller en maison de retraite ?


 

samedi 7 février 2015

Ligne une XIV

Tout est inhabituel: la direction dans laquelle il va, aujourd'hui c'est vers l'est au lieu de l'ouest, le jour et l'heure, un samedi matin à sept heures et demi, généralement le samedi il n'ouvre pas les yeux avant huit heures. Il a mis son réveil trop tôt, il va arriver au lieu du rendez-vous en avance et trouver porte close. Quelle idée il a eue?

Il fait froid et humide dehors. Il décide de rester un quart d'heure au chaud dans la station pour s'éviter une attente à battre la semelle sur un trottoir. Il a le supplément Livres du Monde à finir. Cela tombe bien.

Les fauteuils de la station ont un peu une forme de coquetiers. Ils sont sensés dissuader les personnes sans domicile fixe de s'y installer. Et zut pour les esprits pervers qui ont transformé des sièges en instruments de torture!  Pour l'instant ce sont ses fesses qui sont inconfortablement resserrées. 

Il replie son journal. C'est l'heure de repartir. En se levant il est surpris par le spectacle de deux pieds nus, orteils en éventail. Un homme qu'il n'avait pas remarqué, trop absorbé par sa lecture est couché entre deux rangées de sièges au milieu de tout un barda. Il a étalé des vêtements qui ont l'air d'avoir séché toute la nuit sur plusieurs des inconfortables fauteuils coquetiers. 

Joli pied de nez à ceux qui veulent interdire le mobilier urbain aux gens de la rue!

Au retour de son rendez-vous il sort de sa station habituelle. Une jeune femme assise par terre dans le couloir du métro lui demande de l'argent. Il passe sans paraître la voir ni l'entendre et puis, sans qu'il sache pourquoi, se ravise et lui fait un beau sourire, un sourire qui le surprend lui-même. La jeune femme lui souhaite alors le bonjour.


vendredi 18 juillet 2014

Discussion dominicale




- Dans le dictionnaire de Furetière au XVIIème siècle M est féminin, M la lettre M.




- Et alors ?




- Rien




- Comment rien ? Tu es depuis plus d'une heure vissée à ton i-pad. Tu n'ouvres pas la bouche si ce n'est pour finir par me dire qu'au XVIIème siècle M était féminin comme ça : « Au XVIIème siècle M est féminin »




- Et alors ?




- Alors il ne faut pas me prendre pour un imbécile. Tu as dû passer le plus clair de ton temps sur tes blogs de filles pour me ramener cette nouvelle que M au XVIIème siècle était féminin et tu voudrais que je crois que c'est innocemment ? « Au XVIIème siècle M est féminin » Tu parles, comme si je ne te voyais pas venir avec tes minauderies féministes. Mais tu sais ton i-pad c'est Steve Jobs qui l'a inventé. Tu entends : Steve Jobs, Steve Jobs, un homme, tu entends : Un homme !




- Lui




- Comment LUI Comment LUI !!! Toi, la femme progressiste, pour toi un homme ça doit être riche, très riche. C'est ça que tu penses. C'est ça que tu penses ? Dis !




- …




- Ah, tu vois, tu ne dis rien. Et Furetière c'était une femme peut-être ? Non, c'était un homme !




- Tu connais Furetière ?




- Ne m'interromps pas ! Je sais qu'au XVIIème siècle il n'y avait pas de femme qui écrivait.




- Et Madame de Sévigné alors ?




- Madame de Sévigné … Madame de Sévigné … d'abord elle n'écrivait que des lettres … que des lettres à sa fille en plus …




- …




- Tu vois, tu finis par me faire dire des bêtises.




- Je reconnais, j'ai eu tort.




- C'est trop facile « Je reconnais, j'ai eu eu tort ». Les femmes vous êtes bien toutes pareilles, incapables de reconnaître vos torts. Ô je t'en prie, ne m'interromps pas. Je sais ce que tu vas me dire, je connais ta mauvaise foi mais avec moi les arguties féminines ne marchent plus.




- …




- …




- Alors on la fait, cette partie de Scrabble ?

Conversation d'ascenseur


-Excusez-moi de m’immiscer dans votre conversation.

Ces mots lui échappent alors qu’il force les portes de l'ascenseur qui sont en train de se fermer. Ils sont quatre, disposés quasiment aux quatre coins de la cabine. Vue l'heure matinale il ne peut s'agir que des employés de la firme, celle dans laquelle il officie au dernier étage du building, signe de son appartenance à la caste des dirigeants suprêmes, ceux dont le système intranet de l'entreprise raconte la moindre visite dans une usine, visite qu'ils n'effectuent qu'en meute, de peur peut-être d'être déchiquetés par des ouvriers mécontents. Même en ce jour de match de quart de finale de la coupe du monde où les barrières sociales sont plus ou moins abolies, il doute qu'aucun de ses collègues de la haute direction se permette un trait d'humour comme celui qui vient de lui échapper. Cette pensée qui aurait pu flatter agréablement son égo lui donne soudain le vertige. Et si son trait d'esprit tombait à plat et que la rumeur de son excentricité atteignait les oreilles du grand patron? Paradoxalement eux qui sont si bas dans la hiérarchie qu’il ne les connait pas n'ont rien à craindre de lui. Mais lui tout à craindre d’eux qui l’ont probablement reconnu à cause des reportages sur l’intranet.

-Nous venions juste de commencer la réunion sans vous attendre.

Pas plus que les autres il ne connaît l'homme qui vient de lui répondre du tac-au-tac mais sa répartie montre qu'il a compris, que tout le monde dans l'ascenseur a compris son humour. Il peut se détendre et sourire à celui qui lui a donné la répartie. La simplicité de ses manières va être bientôt reconnue et commentée par tout l'immeuble. Tout l'immeuble, c'est-à-dire en particulier, grâce à la perméabilité des assistantes des hauts dirigeants aux propos du menu fretin, l'étage le plus élevé tant au sens de l'altimétrie que de l'échelle des pouvoirs, du prestige et des rémunérations. Il est certain que l’assistante personnelle du grand patron, à qui rien ne doit échapper, va rapporter ses propos d’ascenseur à son chef. Excellent, se dit-il. Cette perspective, dont il saura tirer le moment venu le plus grand profit, le met en joie, tellement en joie que, loin de regretter son coup d'audace d'il y a un instant, il double la mise qu'il sait désormais gagnante.

-Vous avez bien fait. Continuez comme si je n'étais pas là.

Le coup est parfait. Il joue avec bonhomie la partition d'un véritable grand chef ! Il sent que grâce à lui la communauté de pensée dans l'ascenseur est totale. Il admire son pouvoir d'influence, cette force extraordinaire qui émane de lui.

Il est d'autant plus déçu lorsqu'au premier arrêt un homme sort de l'ascenseur sans se retourner et sans dire un mot. Comment cela est-il possible après tout ce qui vient de se passer entre eux cinq et dont il a été l'âme? Mais voilà qu'au moment où la porte a commencé à se refermer l'homme se retourne vers eux, les doigts croisés devant son visage.

-Allez, ce soir on croise les doigts et on soutient tous les Bleus.

Il est très fier de ce qu’il a su faire: s'il n'avait pas brisé la glace cette manifestation de ferveur partagée n'aurait certainement pas pu se produire! Une telle preuve de ses qualités d'entraînement ne saurait manquer d'arriver aux oreilles du grand chef. Il la racontera lundi, l'air de rien, à la réunion du Comité de direction sous couvert de se congratuler de la belle victoire et de l'effet heureux qu'elle aura sur le moral des troupes.

Le soir même la France était éliminée par l'Allemagne après un match sans éclat sur le score de 1 à 0.

mercredi 18 juin 2014

Ainsi parlait Sacha le poisson rouge

-Tu es kô kü !
Pierre se retourna, fit le tour de la cuisine du regard. Avait-il bien entendu ? Ce n’était pas possible. La radio était éteinte. Le seul bruit perceptible, hormis celui de la circulation, bien assourdi à ce treizième étage, était le ronron du réfrigérateur. Il revint vers l’évier où trempait la salade pour le dîner du soir.
-Tu es kô kü !
Ce coup-ci il avait parfaitement entendu. Il n’était pas fou. Ou plutôt si, il était fou, car en-dehors de lui il n’y avait personne dans la cuisine ! Il commençait à se sentir inquiet pour sa santé mentale. Il se figea, les sens aux aguets.
-Tu es kô kü
Encore ! Le doute n’était plus permis. Dans sa propre cuisine, alors qu’il préparait le repas pour lui-même et son épouse, il se faisait traiter de cocu ! Le rythme de son cœur s’accéléra. Il y avait quelque chose ou quelqu’un qui parlait dans la cuisine. Il n’était pas superstitieux, ne croyait pas aux fantômes et se targuait même d’avoir un esprit scientifique. S’il y avait quelque chose ou quelqu’un il trouverait.
-Tu es kô kü
Il en était certain, cela devait venir de sous l’aquarium, cette grosse boule d’eau où Sacha, leur poisson rouge à tâches noires tournait tristement depuis des mois. Ce poisson c’était une idée de sa femme, pas de lui.
Doucement il s’approcha de l’aquarium, plaça son visage au-dessus du rond qui reflétait la lumière de la suspension qui éclairait la cuisine. Sacha continuait de tourner comme si de rien était.
-Tu es kô kü
La surface qui réfléchissait la lumière avait frémi en même temps que les mots étaient prononcés. C’était sûr, le poisson parlait ! Un poisson qui parle, est-ce possible ? Pierre s’accroupit pour avoir les yeux à hauteur du poisson et en avoir le cœur net.
-Tu es kô kü
La preuve était faite par la concordance impressions des yeux et des oreilles de Pierre que Sacha, modeste poisson rouge acheté à la foire, parlait ! Il parlait ce qui était bien, oui, mais il disait des choses franchement désagréables pour Pierre. Il fallait pouvoir le faire taire. Pierre qui était ingénieux recouvrit l’aquarium d’un torchon à vaisselle.
-Dodo poisson !
Et il continua à préparer le repas.
-Comment s’est passée ta journée, ma chérie ? Tu rentres un peu tard.
-Très bien et toi ?
-Oh, tu ne devineras jamais ce qui m’est arrivé.
- ???
-Je me suis fait traiter de cocu et en plus par Sacha, par notre poisson rouge !
-Voyons mon chéri, tu te moques de moi, les poissons ne parlent pas… Cocu, tu dis ?... C’est amusant ce que tu me racontes-là… Puisque tu le dis … C’est une idée, ça … Ecoute, j’ai un rapport à finir au bureau. J’y retourne. Je rentrerai tard. Ou peut-être que je ne rentrerai pas. Bonne soirée mon chéri.
-Mais ma chérie, tu ne dînes même pas ? Ma chérie …
Mes chers enfants, la morale de cette histoire est que non seulement Pierre, malgré ses prétentions à être un scientifique, ignorait le fait bien avéré que les poissons rouges parlent fréquemment les nuits de pleine lune mais qu’en plus il ignorait que ces paroles sont le plus souvent des prophéties, et de surcroît des prophéties auto-réalisatrices.

mercredi 11 juin 2014

Le rasta


Tout d'abord il s'intéressa aux tableaux. Il avait aimé l'affiche de l'exposition vue chez la boulangère, le portrait d'une femme peint à gros traits. La manière était vigoureuse, les couleurs contrastées mais harmonieuses. Il ne connaissait pas le lieu de l'exposition situé dans le village à côté de celui où il passait ses vacances depuis des années. Il irait en exploration après la sieste et si cela valait la peine il y retournerait avec sa femme qui n'aimait pas prendre la voiture pour rien par ces chaleurs.

Il n'était pas déçu. Il trouvait le style qu'il avait pressenti chez la boulangère. Les couleurs avaient beaucoup de force et sublimaient le dessin parfois maladroits. Une œuvre surtout avait retenu son attention: un rasta assis sur une chaise, vu par quel qu'un debout. Il regardait devant lui, ses yeux noirs pleins de douceur, ses cheveux enfermés dans un grand bonnet de laine aux dessins de couleurs vives. Ses mains étaient croisées sur son ventre et surmontées de ce qui lui sembla être d'étranges petites flammes.

Ce bonhomme l'intriguait. Il se demanda qui il pouvait bien être. Il eut envie de connaître son histoire. Mais bientôt son attention se reporta sur la jeune femme qui dans une pièce suivante de l'exposition était assise devant une table, habillée en tenue de tennis, occupée à boire du vin rouge en lisant un roman policier. Elle lui parut très troublante, dans qu'il sût dire pourquoi. Elle n'était pas véritablement belle, avait des seins presque plats. Il était le seul visiteur dans l'exposition. Elle devait être lasse de son tête à tête avec sa bouteille car elle entama volontiers la conversation avec lui.

Elle était peintre et professeur de tennis. Les tableaux étaient les siens et en début d'après-midi elle avait donné un cours de tennis avant d'aller ouvrir l'exposition. Il était charmé de cet assemblage d'occupations: le vin, la peinture et le tennis. La seule qu'il pratiquât assidûment était la première, celle qui demandait le moins de talents. Mais il jugea prudent de ne pas mentionner la bouteille à la belle. Il préféra prendre la tangente en se démarquant: il avait le tennis en horreur lui expliqua-t-il, que ce soit à jouer ou à regarder. Il se demandait comment elle arrivait à concilier deux activités aussi différentes. Cela devait être la quadrature du cercle. Elle rit à cette expression pédante. Mais son rire était plein de gentillesse. Il désarma ses manières brusques de timide.

Voulez-vous que je vous fasse faire le tour de mes tableaux?
Volontiers.

En faisant le tour de la salle elle lui expliqua son atelier dans un vieux quartier de Paris, au milieu des artisans, des étrangers en situation plus ou moins irrégulières. Maintenant ils riaient tous les deux en échangeant des anecdotes.
-Et celui-là, ce rasta?
-Oh, c'est un vieil ami et il vient souvent à mon atelier. C'est là que je l'ai peint.
-Et ces espèces de flammes sur ces mains.
-C'est le souci qu'il se fait pour son fils.
-Son fils?
-Oui, son fils est mathématicien et lui, le père rasta il a du mal à le comprendre.
-On imaginé plutôt des pères mathématiciens qui se désespèrent d'avoir un fils rasta.
-Oui. (Elle rit) Lui, c'est le contraire. Il me parlait tout temps de son fils. De ce qu'il ne comprenait pas comment il pouvait vivre avec des chiffres. Il me parlait tout le temps des chiffres. En fait je crois qu'il essayait tout le temps de réfléchir sur les chiffres.
-Alors ces flammes.
-Ce ne sont pas des flammes mais des doigts. C'est ses pensées sur son fils. Il a dix doigts naturels et dix doigts qui sont ses pensées sur son fils.

Il resta songeur devant le tableau, devant les vingt doigts, devant cette si étrange histoire de père et de fils. De père rasta et de fils mathématicien. La femme le regardait regardant le tableau qu'elle avait peint. Cela dura un temps que ni l'un ni l'autre n'aurait su mesurer. C'est lui qui s'attacha à cette contemplation. Il se détourna sans la regarder et lui dit en lui tournant le dos

-Je reviendrai.

Dans sa voiture il réfléchissait à la manière de convaincre sa femme de le laisser acheter ce tableau.

mercredi 4 juin 2014

Mon grand-père facteur




- Mon grand-père était facteur...

- Le mien aussi!

Pourquoi me regardaient-ils tous comme cela? Certains messieurs de l'autre bout de la table se soulevant même légèrement de leurs chaises pour mieux me voir. Je sentais le sang me monter aux joues. C'était horrible. Je rougissais, je ne pouvais pas m'empêcher de rougir. Je devais ressembler à un ridicule coquelicot avec ma robe blanche en fausses dentelles anglaises. Le regard des hommes, passe encore, j'y étais habitué à ces œillades toujours plus ou moins égrillardes, à ces regards qui coulaient vers mes seins, vers mon décolleté. Mais celui des femmes! Depuis le début du repas je sentais qu'elles me jaugeaient, qu'elles jaugeaient en moi la rivale, plus jeune mais maladroite, timide, pas à sa place dans ce milieu, trop habillée ou pas assez habillée. Pourtant maman m'avait toujours dit qu'avec le blanc on ne se trompait jamais. Pauvre maman. Que penserait-elle de sa fille en ce moment?

Je n'osais pas détacher mes yeux de notre hôte à qui j'avais répondu si spontanément. Il était également le chef de Grégoire avec qui je venais de me marier. Je n'osais pas regarder Grégoire, assis à deux places de moi pour lui demander du secours. Et lui se taisait, peut-être qu'il me regardait comme les autres. Qu'avais-je dit de si extraordinaire? Est-ce parce que ma voix avait été trop haut perchée? Que c'était la première fois que je participais à la conversation? Que j'étais intervenue sans réfléchir, de manière spontanée, poussée par la joie d'avoir enfin quelque chose à dire dans cette soirée où, depuis le début je ne le sentais pas à ma place, terrassée par la timidité dans ce milieu qui était bien plus celui de Grégoire que le mien?

Les yeux du patron de Grégoire ne me lâchaient pas. Ils étaient couleur de miel. Je ne pouvais pas non plus m'en détacher. Le temps me paraissait arrêté. Mais je sentis que le sang refluait sur mon visage. Peut-être que ces yeux étaient bienveillants après tout. Je sentais une pointe d'amusement prendre place en eux. Comme s'il allait me tendre la main, me sauver de la brûlure de toutes ces épées de regards tournées vers moi.

Maintenant un franc sourire montait à ses lèvres. Son regard m'enveloppait d'une manière que je n'avais jamais éprouvée auparavant, peut-être juste un peu trop amicale pour que je puisse me sentir parfaitement à l'aise. Ce sont ses lèvres que maintenant je regardais. Je sentis que tous les regards braqués il y a un instant sur moi se tournaient vers elles. Nous attendions tous que soit prononcé un oracle. Nous ne savions lequel mais au moins je n'étais plus au centre de toutes les attentions.

Chère madame (son sourire s'élargit encore) mon grand-père était facteur d'orgue.

Je ne savais que répondre à ce sourire aux apparences enjôleuses qui me poignardait. Une seule femme rit. J'entendis son rire qui se noya vite dans le silence. Il fallut un peu de temps avant que la conversation ne reprenne. Mon voisin me parla. À son ton je compris qu'il se voulait aimable mais j'étais bien en peine de donner du sens aux mots qu'il m'adressait, encore moins d'y répondre. Je ne sais pas non plus comment je finis la soirée. Je ne me souviens pas d'avoir salué le patron de Grégoire. Pourtant j'ai bien dû le faire.

Je me souviens seulement qu'au retour dans la voiture Grégoire n'a pas desserré les lèvres, pas plus qu'arrivé à la maison.

jeudi 29 mai 2014

La lettre inattendue


La journée avait mal commencé. C'est à dire que la journée avait commencé comme d'habitude par une longue insomnie. Mes rhumatismes, misère de se sentir vieille, seule, mon vieux lit au matelas tout tassé, mes jambes lourdes, les idées noires, même pas noires, grises, l'ennui. Une journée vide à tirer, à attendre le sommeil, l'insomnie, le réveil progressif de la ville. Les bruits des voisins de l'appartement du dessus. Ce jeune couple. Ils ne se rendent pas compte du bruit que fait leur bonheur. Peut-être qu'ils s'en fichent que j'entende tout ce qu'ils font. Quand ils sont dans l'ascenseur tous les deux avec moi j'ai parfois l'impression qu'ils ne me voient pas.

C'est surtout à elle que j'en veux. Les hommes sont bêtes, ils n'y peuvent rien, c'est bien connu. Elle, elle a l'air d'avoir tout ce qu'elle peut désirer. Elle a l'air de s'en ficher d'habiter dans cet immeuble minable. Un jour, devant les boîtes aux lettres, elle m'a dit qu'elle était infirmière de nuit et que son mari était interne dans le même hôpital. Je me suis dit que bientôt ils gagneraient assez d'argent pour habiter ailleurs. Elle ne me l'a pas dit mais j'ai déduit ça de la situation. Il faut pas qu'elle croie qu'elle m'a amadouée avec son air gentil. Gentille, oui, mais c'est juste parce qu'elle n'était pas avec l'autre qu'elle faisait attention à moi.

L'autre. Son mari? Doucement ma belle! Je demande à voir. Il y a deux noms sur la boîte aux lettres. Ce ne serait pas le premier interne à se faire entretenir par une infirmière le temps de ses études. Et à épouser une fille de notaire par la suite. Tu n'as pas encore déménagé, ma chérie!

Enfin c'est ce que je me disais jusqu'à aujourd'hui. J'ai du mal à comprendre comment j'ai pu me satisfaire de pensées aussi mesquines. Pas étonnant que je me sois consumé d'ennui! Ce n'était pas de ma faute il faut dire. Si je n'avais pas eu cette lettre par hasard dans ma boîte aux lettres jeudi dernier j'en serais toujours au même point, à remuer mes petites rancœurs, à ne rien attendre de la vie.

Il m'a fallu du temps pour comprendre et savoir ce que j'allais faire. C'était si inattendu. Bon, je l'admets, je m'étais trompée. La lettre prouvait qu'elle était bien mariée, elle avait bien droit au nom double de la boîte aux lettres. Alors hier, samedi, je les ai invités à venir prendre l'apéritif à la maison. J'avais mis les petits plats dans les grands en leur faisant des amuse-gueules de chez Picard. Ils ont été très contents et m'ont raconté leur vie, leurs projets. En partant ils m'ont embrassée tous les deux comme du bon pain. Elle m'a dit que je lui rappelais une de ses tantes décédée qu'elle avait beaucoup aimée, qu'ils étaient contents d'avoir une amie comme moi dans l'immeuble.

Ce matin je me suis réveillée reposée en les entendant se réveiller. C'est un peu comme si je vivais avec eux désormais! Mais ils ne sauront jamais que le laboratoire lui avait écrit pour lui demander de prendre d'urgence contact avec son médecin traitant, suite à un frottis vaginal. J'allais pouvoir me délecter de leur insouciance pendant que la maladie progresserait en silence en elle. Je serai là, à leur côté, lorsqu'elle comprendra enfin ce qui lui arrive. Trop tard peut-être pour terrasser la maladie mais ils me seront reconnaissants de ma présence amicale. C'est sûr que je ne vais pas les lâcher maintenant!

vendredi 4 avril 2014

Ligne une XIII



Il sort en hâte de la station de métro. Ce passage par l’hôpital pour se faire enlever un Holter posé la veille n’est qu’une parenthèse incongrue dans une journée à l’emploi du temps serré, tendu comme la peau d’un tambour de guerre. C’est aussi un désagréable rappel que son corps peut le trahir, l’a déjà trahi. Il n’y pense pas trop. Seul compte le moment où il pourra de nouveau se plonger dans des activités utiles. Il ne supporte pas d’attendre et à l’hôpital on ne sait jamais combien de temps ça peut durer.

Sur le trottoir il s’avance au devant d’un homme jeune, trisomique, qui porte une kippa noire. Il regarde avec attention la kippa, les lettres brodées en fil d’argent. Qu’y a-t-il d’étonnant à voir un juif trisomique ? Rien bien sûr mais il a l’impression que c’est la première fois que cela se produit. Le jeune homme tient un livre à l’épaisse couverture noire et il le lit en marchant. Ce livre a quelque chose de vénérable. Il n’est pas neuf ni non plus en mauvais état. Il se dit que ça doit-être le Livre. Comment disent-ils ? La Thora ? C’est ça, la Thora.

Le jeune homme regarde le livre ouvert, regarde le trottoir devant ses pas, retourne au livre.

Que comprend-il de ce qu’il lit ? Sait-il seulement lire ? Reconnaît-il les lettres ? Il n’en sait rien. Il ralentit le pas pour le regarder. La kippa sur les cheveux noirâtres, le livre, la lecture et la marche. Il ressent que quelque d’important se passe. Quelque chose dont le sens lui échappe. Il aimerait être juste un instant un juif pieux pour décrypter la scène. Un souvenir de son catéchisme lui revient. David, le jeune David qui a tué le géant, était beau et roux. Enfant ces deux adjectifs accolés lui étaient parus étranges. Le jeune homme trisomique n’est pas roux. Est-il beau ? Aux yeux de sa mère peut-être.

Si elle s’est aperçue qu’il est parti avec le Livre elle doit être inquiète. Pour le Livre et pour son fils. Si elle découvre le larcin à son retour elle risque de se mettre en colère. Il imagine une bruyante et brève pluie d’orage sur les feuilles desséchées d’un arbuste méditerranéen. Ne devrait-il pas l’accompagner discrètement jusqu’à sa destination pour lui éviter une mauvaise rencontre ?

Il s’éloigne, songeur.


samedi 4 janvier 2014

Convers

dimanche 29 décembre 2013

Ingérence mortifère


Un autre jour son fils ainé devant son frère et ses sœurs, devant sa mère, lui reprocha ses ingérences mortifères. Ces rancoeurs remontaient à l'époque où il avait cru pouvoir l'aider  à trouver du travail. Il s'était lui-même bien rendu compte de l'impasse dans laquelle les entraînait cette proposition d'aide bien intentionnée de sa part. Elle alimentait son angoisse incoercible de voir ce fils si admiré incapable de s'intégrer à la société. Il lui transmettait malgré lui ses craintes dévalorisantes et ni l'un ni l'autre ne pouvait en parler. Il voyait avec inquiétude les années passer. Il vivait chaque contact, chaque piste d'emploi qu'il suggérait à son fils ou que celui-ci lui mentionnait comme une nouvelle source d'espoir qui faisait battre son cœur comme celui d'un amoureux pour sa belle. La déception tout d'abord l'assommait puis lui faisait ruminer des idées toujours plus noires.

Plusieurs fois en désespoir de cause il avait confié le soin de s'occuper de son fils à de ses relations disposées à lui rendre un service plus ou moins désintéressé. Mais malgré les assurances qui lui avaient été données cela n'avait jamais marché. L'ami pressenti n'avait pas l'opiniâtreté nécessaire, son fils ne se laissait pas faire. Il n'était pas dupe du caractère absurde de ses tentatives. Il s'en voulait de cette spirale de déconvenues qu'il alimentait et dont il percevait bien le caractère nocif pour tous les deux. Mais lui du moins avait-il le cuir épais car la vie lui avait donné l'habitude de souffrir. Ce n'e serait qu'une cicatrice de plus, une plaie dont il pourrait s'accommoder à condition qu'elle ne reste pas durablement ouverte. N'était-ce pas à son aîné qu'avait été dévolu de longue date la mission de compenser toutes les blessures narcissiques qu'avait reçues son père?

Dans ses moments de lucidité, ou de trop grande lassitude, il s'imaginait le jour où son fils aurait trouvé sa voie, où il pourrait construire sa vie selon ses goûts, cultiver son don pour la musique, soutenir la fierté paternelle. Il n'avait pas le droit de croire qu'un tel moment n'arriverait pas. C'était ce que lui dictait sa raison mais la raison n'avait pas beaucoup de prise sur lui en temps normal. Il le savait et il en souffrait.

Et puis son fils lui annonça qu'il s'était inscrit pour passer un concours de technicien forestier. C'était son projet et il s'en donnait les moyens en suivant une formation préparatoire. Il en fut soulagé et heureux. Ce projet qui ne lui serait même jamais venu à l'idée portait vraiment la marque de son fils et correspondait à son amour pour la nature. S'il réussissait le concours, il devait le réussir, ce serait pour lui une voie sûre d'épanouissement. Il aurait vaincu la malédiction portée à son corps défendant par son père.

Le métier se révéla plus complexe et plus riche qu'il l'avait imaginé. Il aimait entendre son fils lui en parler, lui faire part de ses difficultés mais il ne regrettait pas son choix.

Le soir dans son lit il repensa à l'attaque de son fils, à l'incompréhension devant cette attaque d'une de ses filles qui avait buté sur le mot ingérence. Elle était elle-même très jalouse de son intimité et elle avait dit qu'il y aurait eu ingérence si leur père avait envoyé des messages d'amour au nom de son fils à sa petite amie! L'adjectif mortifère, personne ne l'avait relevé. Il voyait bien ce que ces deux termes avaient de réel pour son fils. Lui-même avait pu se dire qu'il s'était enlisé jusqu'au cou dans une ingérence mortifère. Il en avait eu conscience, une conscience impuissante à s'en dégager malgré qu'il en eût. Il faudrait du temps pour que son fils lui pardonne. C'est quelque chose que doivent accepter les pères.

lundi 23 décembre 2013

Ligne une XII



Contrairement à son habitude il ne regarda pas les femmes qui se trouvaient dans la rame du métro. Il ne chercha pas sur laquelle fixer ses rêveries sensuelles. Il ne ferma pas non plus les yeux pour se recueillir ou se reposer. Il ne lut pas. Non, il ne fit rien de tout cela. Il demeura les yeux ouverts et fixes devant lui sans rien voir. Seuls les coups d'œil qu'il jetait à sa montre toutes les deux ou trois stations le faisaient sortir de son immobilité. Il avait pris de la marge et la conservait.

À la sortie du métro il se dirigea d'un pas pressé vers sa destination. Il commençait à faire vraiment froid. Il dépassa plusieurs clochards couchés dans des duvets sur des cartons sans leur consentir un regard. Un peu plus loin il croisa un homme debout qui s'adressa à lui. Il ne comprit pas ce que l'homme lui demandait. Il fit mine de n'avoir rien entendu, ne détourna pas le regard. Son attitude d'enfermement en lui-même le surprit. Il pensa que l'homme devait être un clochard qu'il avait blessé de son mépris mais lorsqu'il l'entendit lui parler avec colère alors qu'il était déjà à quelques pas de lui il se dit que c'était peut-être un passant qui demandait son chemin.


Est-ce que je vais faire demi-tour et m'excuser? Lui dire que je vais faire la surprise à ma compagne de l'attendre à la descente de son train et que si j'ai fait mine de ne pas l'entendre c'est que je ne voulais pas la rater? Est-ce que je vais lui avouer que j'étais enfermé en moi-même parce que dans quelques jours on va m'opérer et peut-être, probablement même, trouver des cellules cancéreuses, me faire basculer dans une vie d'épuisant combat contre une maladie qui me fait peur? Et qu'en attendant j'avais décidé de profiter des derniers jours où le doute pouvait me laisser de l'espoir pour manifester de toutes les manières possibles mon amour à ma compagne, d'aller la chercher à la descente du train comme aux premiers temps de notre relation? Ou simplement invoquer ma distraction?

Déjà il avait tourné le coin de la rue.

Si c'est un clochard il sera encore là quand je repasserai. Je me détacherai du bras d'Anna et j'irai vers lui avec une expression amicale pour qu'il n'ait pas peur s'il me reconnaissait. Je lui dirai que tout à l'heure j'étais passé sans lui prêter attention parce que j'étais en retard, que je craignais de rater l'arrivée du train de ma compagne. Je lui donnerai un billet de 10 Euros.

Son cœur se serra. Il contribuait à la laideur du monde

dimanche 15 décembre 2013

Ligne une XI


 



La ligne une est l'intention de relier les points d'émergence des stations qui la constituent, de Château de Vincennes à La Défense dans les deux sens. Elle offre à ceux qui l'empruntent la possibilité de lire des livres, des dossiers, des journaux payants ou gratuits, des écrans reliés au monde entier, ou même des visages. Il est possible d'y écouter de la musique, celle qu'on emmène avec soi ou qu'offre parfois un baladin du métro avec plus ou moins de bonheur, des bribes de conversations en vis-à-vis ou au téléphone. On peut y rêvasser, y dormir et même s'y ennuyer.



Pour l'instant il rallie Concorde à Bastille mais il ne peut ni lire, si ce n'est des visages et des statues sur leurs socles, ni dormir ni s'ennuyer. Il pourrait écouter de la musique comme beaucoup de ceux qu'il croise. Mais ce n'est pas ainsi qu'il pratique la course à pied. Il est arrivé au jardin des Tuileries, sur le trajet de la ligne une, mais décalé de son tracé qui doit cheminer en souterrain sur sa gauche. Cet exercice sportif modéré de début de week-end est devenu pour lui un véritable rituel apaisant et il faut des circonstances climatiques ou personnelles exceptionnelles pour qu'il ne s'y soumette pas chaque semaine. De surcroît il vaut à sa cinquantaine dépassée l'approbation de son médecin et coupe court à des questions qui deviendraient trop pressantes sur son hygiène alimentaire ou sa consommation quotidienne de cigarettes.



La matinée est particulièrement agréable avec un soleil chaleureux de début d'automne. Ses foulées se déroulent en souplesse et il ne sent pas la moindre petite douleur, annonce d'un claquage musculaire ou d'une tendinite, sans parler d'un accident cardiaque. Non, décidément, les conditions sont idéales !



Il arrive à l'Arc du Carrousel, dépasse les marchands sénégalais de tours Eiffel et s'arrête sagement au feu avant de pénétrer dans l'espace vaguement délimité par des barrières métalliques entre les bâtiments en U où se dressent les pyramides de Pei. Les visiteurs ne sont pas encore trop nombreux, entre ceux qui font la queue à la base de la pyramide principale pour entrer au musée et les touristes qui se reposent sur les margelles des bassins ou les couples de touristes du monde entier qui se photographient l'un l'autre devant le monument. Certains jours où il interrompt sa course pour reprendre souffle il peut lui arriver qu'on lui confie l'appareil photo pour réaliser un de ces clichés banals des deux tourtereaux destiné à finir dans un cadre argenté sur une desserte quelque part dans l'Alabama ou le Sichuan. Mais ce n'est pas le cas aujourd'hui où ni la densité des visiteurs ni sa fatigue ne le contraignent de passer de la course à la marche.



Cela ne l'empêche pas de regarder du coin de l’œil ce qui se passe autour de lui, d'apprécier la beauté des femmes, de supputer le potentiel sexuel de leur couple. Plaisirs secrets d'un voyeurisme imaginaire recueillis au passage. En s'approchant des escaliers qui mènent à la Cour carrée il remarque une jeune femme blonde, elle pourrait être suédoise ou norvégienne, qui fait mine de tenir la Grande pyramide dans sa main droite à plat pour l'objectif de son compagnon. Elle est vraiment charmante, pleine de fraîcheur elle exhale la joie de vivre. Il poursuit sa course et décide de se retourner pour lui faire un signe appréciateur du pouce dans le dos de son compagnon. Mais à l'exact moment où il fait son geste accompagné d'un sourire la belle lui tire la langue. Cette simultanéité inattendue transforme son sourire en rire et il l'entend qui rit, elle aussi.



Cet épisode de complicité l'enchante alors qu'il poursuit sa course. Est-ce que la belle va donner à son amoureux l'explication du tiré de langue suivi d'un rire ?

mardi 7 mai 2013

Ligne une X


Haïku





Sensation de printemps



L'escalier. Marche après marche



Il s'extrait du vide

jeudi 2 mai 2013

Au restaurant à midi


Il ne pouvait regarder dans la rue qu'en traversant leur couple vue dont la manière dont ils étaient placés, lui assis dos au mur attendant qu'on vienne prendre sa commande, les mains posées à plat sur une étroite table carrée, eux déjà en train de déjeuner attablés à une table non moins qui tenait la totalité de la largeur de l'étroite vitrine sur la rue jusqu'à la porte d'entrée du restaurant. Le dispositif était si serré qu'ils auraient aussi bien être assis trois à la même table.



Il était arrivé après le coup de feu de midi. Il y avait une table disponible sur le trottoir mais pour être plus au calme il avait préféré s'installer à l'intérieur malgré le soleil agréable qui honorait enfin la saison. Il avait de prime abord jeté un regard distrait au couple attablé à sa droite: un élégant sportsman ayant dépassé la soixantaine, cheveux blancs taillés courts et une femme d'apparence agréable à l'épaisse chevelure blonde. Ce fut le ton enjoué de la femme qui louait la qualité du restaurant italien qui attira son attention. L'établissement ne lui semblait pas mériter de tels éloges. Ce n'était qu'un banal restaurant fréquenté à midi par des employés d'un quartier animé de Paris où se mêlaient bureaux, boutiques et cinémas. Il remarqua d'un coin de l'œil que ses voisins s'embrassaient de la manière discrète qui convenait à leur âge.



Il jeta alors un coup d'œil en direction de la rue comme il estimait en avoir le droit. La femme avait l'éclat des bourgeoises riches qui s'ingénient à force d'une vie confortable et de soins adaptés à retarder ou masquer les atteintes de la vieillesse. Il ne savait pas au juste quel âge lui donner mais elle avait certainement dépassé depuis quelques années le zénith de sa vie. Plus que ses traits bien conservés ses mains déjà noueuses trahissaient le temps déjà passé. Elle était vêtue d'une manière très simple,à à la limite de la gêne lui sembla-t-il, mais soignée. Elle avait l'air d'avoir été dépouillée de ses bijoux. Le seul qu'elle portât était une très fine chaîne en or au bras gauche avec trois ou quatre pendeloques. Des enfants, des maisons, il ne distinguait pas bien. Il en avait parfois vus comme autant de trophées de maternité aux bras de mères de familles. Il lui sembla qu'il n'avait jamais remarqué aussi peu d'or pour ce type de bijoux.



Il ne voulait pas montrer sa curiosité et détourna le regard de la rue. La femme parla de bouteilles qu'elle pensait remplir d'huile d'olive et d'un produit dont il ne comprit pas le nom pour les offrir à l'homme.

- C'est quelque chose que j'ai l'habitude de faire et que mes amis apprécient.

- Je pourrais en mettre une dans ma cuisine.

- Dans le macramé?

- Oui c'est ça, dans le macramé.

Il lui sembla qu'il y avait une nuance de satisfaction dans la voix de la femme à parler d'un macramé dans la cuisine de l'homme.



Il perdit la suite de la conversation le temps qu'il commande sa pizza et son pichet de vin rouge. Maintenant il sirotait le vin rouge l'air absent mais l'oreille attentive. La voix heureuse et imperceptiblement cajoleuse de la femme l'intéressait. Il sentit qu'elle jouait gros aux portes du bonheur sans être encore sûre d'en avoir franchi le seuil.



- Est-ce que tu veux prendre du dessert, chéri?



Elle avait dit "chéri" avec une nuance d'hésitation dans la voix mais le mot était bien entré dans leur conversation.



- Généralement je ne prends pas trop de choses sucrées.

- Tu peux prendre un dessert pas trop sucré.

-Tu as raison. Regardons.

- Ils ont aussi du tiramisu mais c'est peut-être trop sucré.



Perdu dans ses réflexions la suite du dialogue lui échappa. Pour la femme c'était une petite victoire d'avoir pu conduire l'homme à prendre un dessert.

Il se demanda ce qui se passerait s'il intervenait dans la conversation du couple, s'il commençait à faire la cour à la femme. Pouvait-il lui proposer un meilleur parti? Il était beaucoup plus jeune que le sportsman. Pouvait-il imaginer la ravir à son compagnon?



Cette nouvelle idée le distrayit un instant. Il ne pouvait d'agir que d'une rêverie sans conséquence, si ce n'est qu'elle éloignait son esprit de la scène qui se déroulait sous ses yeux. Du reste sa pizza arrivait et il ne voulait pas manquer de la savourer.



Lorsque sa première faim fut apaisée et qu'il releva la tête de son assiette il vit que la femme tenait en main une chemise rayée bleue et rose qu'elle semblait offrir à l'homme.



- Je suis sûre que tu n'aimes pas la couleur.

- Mais si, j'aime la couleur, voyons. Si je ne l'aimais pas, je te le dirais.

- Si tu veux la changer tu peux, j'ai gardé le ticket de caisse.

- Mais non, je l'aime beaucoup.

- C'est vrai?

- Mais oui,d'habitude je n'ai que des chemises unies. Ça change.



La conversation en resta là sur ce sujet car on apporta les desserts qu'ils avaient commandés au couple. Ils commencèrent à les déguster en silence et il en profita pour demander l'addition.



-Tu étais vraiment fâché contre moi après la Saint Valentin.

- C'est fini. Maintenant on se retrouve.



Il calcula que leur brouille avait duré deux mois. Qu'avait-il fait pendant ces deux mois dans sa cuisine a macramés? Et elle? Il aurait aimé le leur demander mais ils se réfugièrent dans le silence au lieu de s'épancher. Les idiots!



Le patron vint encaisser son déjeuner. Il quitta le restaurant sans leur adresser un regard, fier de sa discrétion.

Il l'avait bien dit


 


Je suis lâche- Je suis coincé- J'ai peur !



Trois mois d'éloignement. Trois mois de dés-envoûtement. J'ai cru que j'avais repris le fil de ma vie, que je n'aurais plus à vivre en permanence au bord du gouffre, à risquer à tout moment de me fracasser, à la merci d'une imprudence.



Mais non ! Je lui suis revenu dès qu'elle m'a sifflé. Comme un toutou. J'ai honte. Comme j'ai honte !



Ce n'est plus possible ! Cette fois-ci je vais me battre. Je vais mordre. Je vais rompre. Rompre !



Je vais résister à ses pleurs, à ses violences verbales, à ses menaces, à ses supplications surtout. Moi aussi je peux être violent. Je vais retourner contre elle sa violence. Je vais commettred l'irréparable. Tiens, je vais franchir le Rubicon !



  • Tu as mauvaise mine mon chéri. Comme tu as dû souffrir !
  • Ça y est, c'est fini. Je comprends tu sais que tu aies eu besoin de réfléchir, de prendre tes distances. Moi aussi parfois.
  • J'ai toujours cru en toi. Tu es quelqu'un d'extraordinairement solide. Mais si, je t'assure. Je sais que je peux m 'appuyer sur toi.
  • Donne moi ta mail. Ce que je l'aime ta main ! Tu permets que je l'embrasse ?
  • Détends toi, mon chéri. Ma main sent la tension sur ton front.
  • Là, je me sens si bien, serrée contre toi.
  • Tu te souviens, notre premier baiser ?
  • C'est merveilleux, mon chéri. On s'aime si fort, tu vois.
  • Maintenant il faut que tu téléphones à ta femme. Tu dois tout lui dire. Par respect pour elle tu ne dois plus la laisser dans l'ignorance. Tu dois faire cela pour elle, sortir du mensonge vis-à-vis d'elle. C'est la mère de tes enfants. Tu lui dois cela.

    Elle lui tendit alors son téléphone portable avec une implacable douceur