lundi 21 avril 2008

La valise

J'aimerais devenir une valise.

La valise en carton bouilli que nous remplissions de vêtements de plage et que nous mettions sur le toit de notre vieille quatre chevaux quand nous partions camper l'été, en Vendée, avec les deux enfants. A côté de la valise il y avait le gros boudin de la tente avec ses piquets. Et par dessus une grande bâche bleue pour protéger le chargement de la pluie.

Le voyage pouvait durer six heures, il n'y avait pas d'autoroutes à l'époque. Quand il faisait beau Georges roulait fenêtre ouverte. Les jumeaux aimaient chanter à tue-tête avec leur père. Moi aussi, j'aimais ça, chanter en famille. Nous étions tellement joyeux de ces dix jours de vacances, à la mer. Lydia parlait à son frère Paul des copines de l'année dernière qu'elle allait sûrement retrouver: Henriette, Claudine... Paul, il s'en moquait bien des filles, toujours à pleurnicher. Lui il avait ses copains: Pierre, Thomas ...

Les parents, nous nous arrangions pour venir chaque année à la même date, les dix premiers jours d'août, dans le même camping familial. Et puis les jumeaux ont grandi, les autres aussi. Les filles n'étaient plus aussi inintéressantes pour Paul, les garçons si désagréables aux yeux de Lydia. Ils se sont tous les deux mariés avec des anciens copains du camping. Paul avec Claudine, Lydia avec Thomas. Ils se sont marié la même année. Georges est mort peu après. On ne m'ôtera pas de l'idée qu'il n'a pas voulu mourir avant d'avoir casé ses deux enfants.

Paul et Claudine sont partis vivre au Canada. Je ne les vois pas plus qu'une fois tous les deux ou trois ans. Ils n'ont pas d'enfants. Dans un sens je préfère. Lydia et Thomas ont deux enfants. Des adolescents maintenant. Eux sont tous les deux instituteurs et ils passent toutes leurs vacances d'été dans notre vieux camping de Vendée.

Et moi j'aimerais devenir une valise.

Non, bien sûr, pas la vieille valise de carton bouilli. Non, une valise moderne, coque en plastique comme dit le catalogue de La Redoute. Comme ça ils m'emmèneraient avec eux dans leur Espace, au lieu que je reste tout l'été sans visites dans ma chambre de la maison de retraite.

5 commentaires:

Robin a dit…

Une valise. Pourquoi pas. En autant qu'elle ne soit pas confinée à quelque sous-sol poussiéreux! Aussi, ça dépend toujours de ce qu'elle transporte...

Arthur H. a dit…

C'est vrai qu'une valise peut contenir beaucoup de choses, mais il ne s'agit que d'aller dans un camping de Vendée ...

Mehdi a dit…

Bonjour.
Merci pour ton commentaire :)
Ton écriture est bien agréable.
j'ai découvert paroles plurielles sur ton blog ! j'ai bien fait de venir.
MErci et au plaisir de te lire.

Ma Cocotte (et alors ?) a dit…

Il m'a touchée ce texte...
Comment vieillirai-je ? Mes enfants m'accorderont-ils de l'attention ? Aurai-je encore des amis ? Que seront devenues mes colères ? Ma soif de l'absolu sera-t-elle étanchée ? Serais-je trop polie par les torrents de larme ? Aurai-je tout oublié, des amours, des souffrances et des rigolades ?

la valise sera-t-elle mon seul espoir, comme un désir de cercueil...

Pfff...

M'a touchée, ce texte.

V-MA a dit…

Vouloir devenir une valise pour se rapprocher des siens au loin... ça fait un "drôle" d'effet de lire cette nouvelle, un petit goût amer en bouche, et des questions, mille questions.
Merci, j'aime quand lire fait réfléchir.