dimanche 4 février 2007

La pluie (prose rythmée)

J'aime le moment où la pluie commence à tomber. Surtout la nuit, en ville, lorsque, coupé du ciel, plongé dans les éclairages artificiels, je ne l'ai pas vue venir. Alors je ne sais rien d'elle. Et si peu de moi: le souci du trajet à couvert ou le havre de la capuche rabattue ou, parfois, la liberté de chanter sous la pluie.
Je vis le combat de la ville de poussière qui résiste et désire. Désir de la ville, inavoué, brûlant, de se laver d'elle-même, de s'accoupler avec le ciel, transperçant sa carapace de lumière. De s'accoupler comme çà, dans le caniveau. Si la pluie s'installe. Si la pluie s'installe alors la ville docile pliera l'échine.
Je vois des gouttes lourdes naître au sommet des cônes de lumière des lampadaires et s'écraser sur mon oeil, larmes étrangères qui le brouillent.

A la campagne j'aime l'odeur qui précède la pluie, la parole longtemps remâchée du ciel enfin proférée, les phéromones de la terre, de l'éternelle amante.
J'aime les à-plats d'eau sur les champs de blé.
J'aime, des chênes, les feuilles devenues tuiles et gouttières, les gros troncs noirs et gris, mouillés et secs.
J'aime le mot « rivulets » subtilisé à un poète d'Amérique pour ma langue nourricière.
J'aime les vaches impassibles, absentes à la pluie qui dure. La coiffure que la pluie donne de près à leur pelage clair, au sortir de l'hiver, lorsque leur souffle fume.
J'aime la plénitude des fruits d'automne que l'eau nourrit.

J'aime la pluie douteuse d'une oppressante journée de septembre au Caire.
La pluie d'un ciel de lait.
Pluie évaporée avant de toucher le sol.
Pluie inachevée, vaincue.
Pluie rêvée peut-être.

J'aime la pluie métaphysique de mes spéculations enfantines.
La pluie que rien n'atteste.
La pluie qui tombe sur l'océan vide d'hommes.
La pluie que boit le sel de l'eau.
La pluie inutile.


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1 commentaire:

C.E. a dit…

J'aime ce rythme essoufflé de mots de pluie !
Très beau texte !